Chaque année, c'est un constat en demi-teintes qui s'impose. Après l'enthousiasme de la rentrée, des débuts, revient ce sentiment de solitude et d'anonymat. Je suis toujours à la fac sans y être vraiment. Dans la semaine, j'ai un seul cours qui m'intéresse vraiment. On me demande d'aller à des séminaires qui se déroulent entre des spécialistes pour des spécialistes. Ce qui s'étudie à la fac ne sort pas de la fac (du moins pour les Lettres). J'aime les études, je suis passionnée de littérature, c'est pour ça que je m'acharne à aller au bout de mon cursus. Et je suis là, à dresser courageusement mes plannings, et j'ai l'impression d'être mon propre prof, j'ai l'impression d'avoir en charge tout ce que je fais. Non que ce soit déplaisant en soi, on n'a de comptes à rendre qu'à soi-même. J'attendais le retour de la fac pour retrouver un cadre. Mais pour autant, je ne serais pas prête à m'inscrire en assidu en anglais, histoire d'aller à la fac, d'avoir des heures de cours, de me faire des amis là-bas. Je ne sais plus trop ce que je veux, à vrai dire. Travailler ? Ce qui m'effraie dans le travail, c'est la routine totale, le fait d'y aller tous les jours, à telle heure, de ne pas avoir de place pour l'improvisation, pour décider de faire une chose plutôt qu'une autre. Alors j'essaie de profiter de ma condition d'étudiante, et dans l'ensemble ça roule, mais il y a des jours comme ça où on se sent au beau milieu d'un océan de projets, de choses commencées, de listes de livres à lire, et on se sent... désemparé. Un master, ce n'est QUE de l'investissement personnel. Et je trouve ça formateur aussi, ça apprend l'autodiscipline, dont j'ai besoin pour l'écriture. ça apprend à se faire confiance, à être autonome, assez régulier. Et puis, bien sûr, avec tout ça je me suis mis beaucoup de pression, et tout à l'heure à la bibliothèque j'ai failli pleurer quand on m'a dit que mes bouquins avaient 10 jours de retard (ce qui signifie une interdiction de prêt de dix jours). J'ai peur, bien sûr, de ne pas réussir. De lâcher prise. J'ai peur que ce soit trop pour moi. Je n'ai pas envie qu'on soit sur mon dos, je n'ai pas envie d'emplois du temps fixe, et c'est pour ça que je trouve mon compte dans ce que je fais. C'est juste que c'est pas facile tous les jours et des fois je me demande si je fais vraiment ce qu'il faut. Difficile d'avoir de l'auto-satisfaction, de cultiver l'auto-satisfaction, plutôt. Déjà, on est seul à être satisfait. J'essaie pour garder la motivation de me fixer des petits objectifs tous les jours. ça fonctionne assez bien. J'espère que tout cela mènera à quelque chose. J'espère que je suis vraiment capable de faire ce à quoi je me suis engagée, j'espère que je ne me leurre pas sur moi-même. (double cursus, faire mon mémoire, faire de la traduction, continuer à écrire, et avoir quelques heures d'activité rémunérée...). Enfin voilà, je vais continuer à mener ma barque et décomposer les grandes tâches difficiles en petites tâches faciles, en espérant que ça passe.
Une ouverture spectrale, j'ai l'impression d'entendre l'introduction d'un film d'horreur, avec cette musicalité, ces harmonies propres au groupe. Onirique.
Born Treacherous.
Une guitare assez agressive débute le deuxième morceau. On part en vitesse, avec un fond orchestral un rien grandiloquent pour ce qu'il y a devant. Il y a toujours ce côté incantatoire, urgent, démoniaque, messianique. Je reconnais des rythmes, des escaliers, des ralentissements, propres au groupe encore une fois. Ça s'affine. Ça s'organise. Une pause. On retombe dans le film d'horreur. Un sample, on dirait un prêtre qui récite quelque chose en latin. On reprend. C'est théâtral. Un bizarre chant clair se greffe. Atmosphère presque mystique. Là, les guitares recommencent à marteler. Il y a là-dedans un mélange hétéroclite plutôt surprenant. On ne sait plus trop où tendre l'oreille. Une superbe composition avec des instruments à corde qui ondoie en arrière plan. Une fin de morceau très très black.
Gateways.
On saute à l'autre morceau, avec un cadre très Spiritual Black Dimension, genre chute dans les abysses. Les guitares grincent comme le blizzard. On revient dans quelque chose de très baroque, je n'arrive pas encore à savoir si c'est bancal. Ça tressaute, ça s'envole, ça retombe, ça chevauche. Il y a une voix mi enfantine, mi féminine, qui s'élève bizarrement là où se déchaînait autrefois le superbe chant clair du bassiste (qui a été viré avec son confrère claviériste). Un petit solo de guitare pour la forme, rythmé martialement typiquement dans les harmonies du groupe. Et on repart dans cette tourmente musicale qui n'est pas sans m'évoquer les albums les plus bariolés d'Emperor. Et hop, on repart dans une structure très très épique. Un choeur féminin, chose jamais entendue encore chez Dimmu. Plutôt joli. Ça se calme, toutes les voix repartent, car il y a aussi des voix d'hommes. Jamais eu autant de chant chez Dimmu.
Chess With the Abyss.
Intro typique black metal. Des chants enchaînent, puis une ligne de voix de Shaggrath je dirais presque...joueuse. Là, il nous raconte quelque chose, il sort du pur chant black. Quelques expérimentations de guitares. On reprend le rythme, scandé par le choeur. Et on renvoit de l'orchestre, totalement grandiloquent et pourtant séduisant. On part dans un rêve de scientifique fou. Ou de sorcier ayant un peu trop consommé.
Dimmu Borgir.
Un rythme entraînant et une orchestration qui me fait penser à celle de Inactive Messiah sur leur album Be my Drug. On a là une chanson plus « posée », qui va plus dans un seul sens me semble-t-il. Ça a quelque chose de heavy aussi, très harangue au combat, genre hymne guerrier. Plutôt pas mal ! Assez surprenant là encore, Dimmu n'avait jamais rien fait d'aussi « lumineux ». Ah, et Shaggrath remet son rire diabolique, ça c'est bien sympa !
Ritualist.
Ah, ça commence par du vent. So norwegian ! Et là, surprise, une guitare accoustique. Un fond black, plutôt atmosphérique, se développe derrière. Changement de rythme, bouffées glaciales d'instruments à corde. Il y a un côté presque fantaisie, presque Alice au Pays des Merveilles, dans le son explosif, diversifié, rempli d'arabesques inattendues. Ça bouge dans tous les sens. C'est du pur Dimmu Borgir, et en même temps, on dirait qu'ils ont pris le meilleur de Cradle of Filth et ajouté une sensibilité à la magie et aux sortilèges des contes... Le chant clair du bassiste est remplacé par un autre chant pas forcément très beau, mais toujours dans des passages très narratifs. La question est : ne risquons-nous pas de nous y perdre ? Superbe accélération aux guitares électriques pour reprendre le fil de l'histoire. Oui, cet album est incroyablement narratif. Il est constitué de chapitres, de passages, de dialogues, de tirades, aussi bien instrumentales que vocales. Et il y a une certaine pureté non artificielle du son, amenée par la présence de vrais instruments, et ça, indéniablement ça s'entend, et c'est aussi ça qui donne cette qualité baroque.
The Demiurge Molecule.
Un rythme entêtant, redondant, s'installe au début de la chanson. Puis, quelque chose qui grince. Et le balancement revient, ce nouveau groove que le groupe a acquis avec Puratinical Euphoric Misanthropia et qui leur va si bien, quand ils n'en font pas un trash death du plus mauvais effet. Ici ça martèle, comme dans les meilleurs moments de l'album su-cité. Ça envoie pas mal, je dois dire. C'est aussi grandiose et dingue que Drudenhaus de Anorexia Nervosa, un bon son en plus. Je sens d'excellents headbangs en perspective ! Et là, hop ça s'arrête pour une percée d'instruments à vents qui surnagent tout à coup au-dessus de la musique, annonçant on ne sait quelle fin du monde. Et les choeurs, les guitares, l'orchestre, avancent ensemble derrière. On change de tonalité encore une fois, c'est plus intime, la voix se fait insinuante. Ça tressaute, j'ai l'impression d'être au milieu d'un spectacle de marionnettes qui aurait mal tourné, d'un cirque cosmique dont les portes s'ouvrent sur le vide (oui, Dimmu ça m'a toujours rendue poète).
A Jew Traced through Coal.
Un départ doux, comme la première scène d'un film d'horreur où l'on filme le lieu où tout va se jouer. Puis la chose se noue, encore très très black dans les rythmes et les riffs. C'est-à-dire, car il faudrait que je m'explique un peu : rapide, et puis c'est cette qualité de son inimitable, propre au black, là faut écouter pour savoir. C'est cette manière de jouer, à la fois lancinante et pressée, comme douloureuse. Au coeur du morceau il y a quelque chose d'extraordinaire, une orchestration qui rappelle The Serpentine Offering (et donc Star Wars selon certains). Mais c'est moins ample, c'est plus resserré, et très vite on change encore de tonalité, de rythme. Non, malgré tout il y a une certaine cohérence dans cette profusion. Je ne perds pas le fil mais suis emmenée dans toutes les directions. Je dois dire que c'est une expérience musicale.
Renewal.
Pour la prochaine, là encore on entre dans un truc très heavy, avec un solo de guitare plus heavy que black, le genre qu'on joue pour le plaisir d'entendre sa guitare, cela dit ça n'empêche pas qu'il soit chouette, ce solo. Et là encore, mélange des genres, on repart dans un méchant black pour le coup un peu moins mélodique. On est perpétuellement dérouté. La scène et les acteurs changent sans arrêt. Malgré tout, c'est efficace. Je me prends à remuer la tête. Là encore, je repense à Puritanical Euphoric Misanthropia (je le précise cette fois, l'un des meilleurs albums du groupe, aux côtés de Spiritual Black Dimension déjà évoqué).
Endings and continuations.
Avec un sample pour le moins louche (des bruits humides et quelque chose qui ressemble à une mastication), on entend encore ce chant profond, bas, qui fait penser au chant de Wardruna. Vous savez, ce chant un peu chamanique du genre « oooouaaaaaaaaaammmmmm » (c'est bien imité, hein). Et hop, après, un truc presque sautillant, enthousiaste comme une symphonie. Je viens d'apprendre que le bassiste de Therion était présent sur cet album, ce qui peut expliquer certains aspects musicaux. D'ailleurs je crois que c'est lui qui fait le chant clair sur ce morceau. Celui-là est bien maîtrisé, mais très inattendu dans un morceau de black metal. Là encore on a quelque chose de très hétéroclite, qui emprunte au folk, au heavy, au black, à la musique classique. Étonnant.
Gateways (orchestral)
On commence par des choeurs éthérés, on dirait presque une messe. Et là, ce que Dimmu fait de mieux éclate. C'est lumineux, déroutant, tragique et épique à la fois, une histoire dans une nuit très noire, avec des armes au clair qui brillent dans la lune. Mais les choeurs persistent, apportant une perspective biblique assez étrange. Ça se rapproche, en fait, d'un requiem. D'un opéra fantastique. D'une symphonie macabre. Ça s'élève, la tension monte. Vont-ils soutenir ce morceau jusqu'au bout, l'amener à son aboutissement ? Il continue de rouler, spectral. Il se reprend, respire, ou plutôt halète. Un épisode très doux, poignant, et toujours environné de fumées et de doutes. Ça valse dans l'air obscur. On dirait une musique de film. Ça s'effondre dans le murmure d'un rêve.
Perfect Strangers.
Et enfin, quelque chose que j'attendais : une reprise de Deep Purple. Sans commentaires, je vous laisse découvrir.
Bilan : sur le vif, album très surprenant qui effectivement marque une page dans l'histoire du groupe. Me manque un petit quelque chose cependant : la force de certaines lignes mélodiques qui ont tendance à ici se noyer. Les moments de suspension, la structure parfaite des morceaux de Spiritual Black Dimension, qui frôlaient la perfection parfois, même avec un simple clavier. La pureté mélodique, oui, c'est peut-être ça qui manque. Cependant, un album qui porte bien son nom, et un bel album après la perte de deux musiciens très talentueux. Bonne surprise.
En automne, ça sent la forêt dans toute la ville. Le ciel est bas et gris, mais ce ciel-là me raconte des histoires. Infailliblement, je pense à des histoires de chevaliers et de fées, je pense à des sorcières, je pense à du chocolat chaud et des goûters à la maison, je pense à des livres pas encore ouverts, à des promenades dans le parc dans des allées pleines de feuilles mortes. L'automne, c'est la saison des études, des secrets, et des histoires.
La nuit m'effraiera toujours. Quatre jours que la pluie tombe, brouillant l'horizon et les silhouettes. Tout est humide, du coup, il fait froid. Ce froid insidieux d'automne, plus néfaste que la froideur sèche et vive des mois de janvier ensoleillés. J'en ai profité pour regarder des films au chaud dans le lit, stores baissés. J'aime me cacher du monde entier. Ce soir, j'ai allumé plus de lumières, et une petite bougie, rouge à travers sa fleur de verre, car la lumière enveloppe et rassure. Il fait trop froid sans lumière. Les journées passent, et je m'accroche, et je parviens à des résultats, mais je ne dois pas tant voir dans la durée. Tout peut s'arrêter du jour au lendemain. Il me faut une vision plus globale, moins axée sur la réalisation, même si c'est capital car malgré toutes les théories philosophiques, je vis quand même dans un temps linéaire. Enfin, d'une certaine façon en tout cas. Au plan social, au plan quotidien. Ce sont les autres plans qui peuvent m'aider à me détacher de cette compétition générale, de cette urgence du temps et de cette nécessité de faire ses preuves pour ne pas vivre une vie trop moche. Ne jamais oublier l'essentiel. Sans quoi je me transformerai en zombie, comme tous les autres. Des zombies qu'un coup du sort réduit en poussière. Je ne veux pas laisser la vie m'avaler. Je préférerais plutôt la dévorer. La faire mienne. Non pas la contrôler, je ne le peux pas, pas dans l'absolu, mais... Le oui. La volonté de puissance nietzschéenne. Le oui inconditionnel. Car, il n'y pas de demi-mesure. C'est oui c'est non. Sinon c'est se condamner à la demi-vie.
Lumière dorée et penchée sur la ville mettant en relief la façade classique de République. Les rues sont animées, avec des groupes de gens concentrés sur les terrasses comme un vol d'oiseau abattu sur un champ de bières. Pas toujours bonnes, ces bières, mais elles ont la fraîcheur des fins de journées,les bulles de sa légèreté. Tout à l'heure, au carrefour, j'ai vu la lumière s'épaissir dans les arbres au bout de la rue, scintillante comme du miel. Tout palpite et la soirée est tiède.
Quelques heures plus tard.
La nuit a fraîchi l'air, mais la ville reste vivante et pleine. Les gens marchent d'un pas pressé, les terrasses sont toujours remplies, mais ce sont des personnes différentes. Les bars sont chaleureux, des points d'ancrage et de lumière, des balises nocturnes où trouver un réconfort et des amis autour d'une bière. Je regarde l'eau scintiller sous le pont, et puis ce grand bouleau planté dans le béton dont je me rappelle que l'année précédente, il avait attendu décembre pour abandonner la bataille et se dénuder totalement. Je suis chez moi.
Rentrée à la maison, la fatigue me pèse un peu sur les épaules et forme une raideur dans mon cou, mais j'ai la musique dans la tête. j'ai hésité entre un café et une tisane, pris une tisane, et me demande si ma rêverie va me porter. Sinon, il y aura un film ou du sommeil, mais je veux laisser sa chance à la brûlure, à la blessure sensible qui crépite la nuit venue.
************************************************************************************* Marcher sur le trottoir sans avoir les pieds sur terre. Avoir des scénarios dans la tête, des images fantastiques. Au fond de soi puiser la sérénité d'être ancré dans son corps dont les coutures craquent pourtant. On pourrait se répandre sur le béton, ou s'envoler en fumée, un corps dansant parmi les autres, que seul le souffle d'une quelconque divinité permet de connaître cet état qu'on nomme la vie. Si fragile et dérisoire, c'est aussi cela, se sentir fort : vivre comme un souffle, courant sur la terre, se mélangeant aux autres odeurs et à tous les soupirs. Savoir que rien de tout cela n'a réellement d'importance. C'est grisant. Traverser la nuit, ces quelques heures au fond desquelles appellent avec insistance le sommeil et le rêve, et se sentir léger, dérisoire, fragile, sans importance. Libre de n'être rien, et d'être tout. J'ai toujours cette phrase idiote dans la tête, ces temps-ci : "dans la vie, faut pas s'en faire". Je pense au sourire que j'étais la seule à avoir ce matin, en cours. Je suis curieuse. Le monde satisfait ma curiosité. Je prends le temps d'être. C'est tout.
Ça monte avec la nuit, nourri d'ombre. Les propos de Jankélévitch me donnent la chair de poule, chose tellement rare en littérature ! La musique entre en moi et me violente, mais les mots rarement parviennent à me secouer par leur seule force poétique. La dernière fois, c'était quand ? Il faudrait plutôt dire, c'était qui. Nietzsche, Généalogie de la morale. Baudelaire, encore, toujours. Henry Miller, Jean Giono. Leurs passions dionysiaques allument le feu de Dieu en moi. Alessandro Baricco, probablement, aussi. Avez-vous déjà eu des frissons en lisant un livre ? J'en ai eu au début de Duma Key, de Stephen King. L'acte créateur était saisi dans sa brutalité, son essence. La voix de l'écrivain débordait tellement dans celle de son personnage, j'avais l'impression qu'il me parlait directement. (c'est un livre, au passage, servi pour une fois par une bonne traduction). Je vous offre ces mots de Jankélévitch. Je cherche, et ne lui trouve pas d'activité poétique, seulement critique et théoricien... Comme c'est étrange ! Jugez par vous-mêmes : « L'obscurité est bonne conductrice : dans le noir toutes sortes de communications magiques se nouent entre les âmes ; et le courant n'exige plus, pour passer, des moyens termes au contact, mais il s'établit aussi immédiatement que l'éclair ; véhicule de toutes les puissances « sympathétiques » du monde, il circule entre les âmes, comme circulent, dans l'éther, les influences astrales. La nuit, c'est l'immanence. Le sabbat des qualités, qui se célèbre à minuit, rend vraisemblables les analogies les plus bizarres, les calembours et les accouplements les plus saugrenus. A minuit tout est permis ; n'importe quoi déteint sur n'importe quoi, et chaque être participe de tous les êtres. Comme l'imagination devient légère et merveilleusement absurde au clair de lune ! La voici qui gambade avec les salamandres et les esprits élémentaires dans la prairie violette, qui respire à pleine poitrine le fluide de minuit... Finis, les travaux forcés de la médiation, et la patience, et le labeur, et l'étroitesse ! L'armée immense des possibles envahit les chemins de la causalité, et les contradictoires nouent dans l'ombre toutes sortes de pactes occultes. »
« Ainsi l'âme romantique n'est plus isolée dans le monde : en revenant aux nains et aux esprits de la terre, elle a guéri la solitude où trois siècles de civilisation classique avaient laissé le romantisme français. Pour se guérir tout à fait et entendre les conseils qui viennent du fond de l'occident, il faut aimer beaucoup la nuit, la chercher même durant le jour, là où on peut la trouver, dans les forêts et dans les cathédrales. « La nuit est profonde là-bas » ; mais elle est affectueuse, transparente et fraternelle. Le mystère de la nuit ne se révèlera pas aux bourgeois qui la passent à dormir dans leur lit, mais seulement aux fantasques qui cherchent l'ombre parce qu'ils ont trop aimé la lumière. »
je viens de me rendre compte que la manif à laquelle je voulais me rendre, c'était aujourd'hui. Forcément, c'est moins médiatisé que le scandale d'avoir à travailler deux ans de plus (même si c'est plus compliqué que ça, je sais) Je vous invite à signer l'appel...
Appel Citoyen Face à la xénophobie et à la politique du pilori : liberté, égalité, fraternité
Signez l’appel en ligne !
Les plus hautes autorités de l’Etat ont fait le choix de jeter à la vindicte publique des catégories entières de population : Roms et Gens du voyage accusés comme les étrangers d’être des fauteurs de troubles, Français d’origine étrangère sur lesquels pèserait la menace d’être déchus de leur nationalité, parents d’enfants délinquants, etc. Voici que le président de la République accrédite aussi les vieux mensonges d’une immigration coûteuse et assimilée à la délinquance, et offre ainsi à la stigmatisation des millions de personnes en raison de leur origine ou de leur situation sociale.
Ce qui est à l’œuvre dans cette démarche ne s’inscrit pas dans le débat légitime, dans une démocratie, sur la manière d’assurer la sûreté républicaine. Le nécessaire respect de l’ordre public n’a pas à être utilisé pour créer des distinctions entre les habitants de ce pays et désigner des boucs émissaires, ni pour instituer des peines de prison automatiques, contraires aux principes fondamentaux du droit pénal, à l’indépendance de la justice et à l’individualisation des peines.
La Constitution de la France, République laïque, démocratique et sociale, assure « l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion ».
Nul, pas plus les élus de la nation que quiconque, n’a le droit de fouler au pied la Constitution et les principes les plus fondamentaux de la République.
Notre conscience nous interdit de nous taire et de laisser faire ce qui conduit à mettre en péril la paix civile.
Nous appelons à une manifestation le samedi 4 septembre 2010, place de la République à Paris, à 14h00, et partout en France, afin de fêter le 140e anniversaire d’une République que nous voulons plus que jamais, libre, égale et fraternelle.
"Rentrez en vous-même. Cherchez la raison qui, au fond, vous commande d'écrire ; examinez si elle déploie ses racines jusqu'au lieu le plus profond de votre coeur; reconnaissez-le face à vous-même : vous faudrait-il mourir s'il vous était interdit d'écrire ? Ceci surtout : demandez-vous à l'heure la plus silencieuse de votre nuit : dois-je écrire ? Creusez en vous-même vers une réponse profonde. Et si cette réponse devait être affirmative, s'il vous est permis d'aller à la rencontre de cette question sérieuse avec un fort et simple "je dois", alors construisez votre vie selon cette nécessité; votre vie, jusqu'à son heure la plus indifférente, la plus infime, doit se faire signe et témoignage de cette poussée." Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète.