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samedi 19 octobre 2013

Varg Vikernes, l'homme aux grands mots

Varg Vikernes,

Je profite de ce blog pour t'adresser une lettre ouverte.
Je commencerais en disant qu'en tant qu'individu, je n'accepte pas tes paroles. Et même si cela ne dépend pas de toi, je regrette profondément que ton nom continue à être associé au black metal. Que les gens venant te soutenir à ton procès soient filmés par les journalistes. Tout le monde va croire que c'est cela, le black metal.
Tu es paranoïaque, Varg.
Il suffit pour s'en convaincre de parcourir ton blog. Tous les articles "politisés", on les lit, on est d'accord ou non, mais on peut être titillé, curieux, intrigué. Jusqu'à ce que la mention tombe. Juifs. Chrétiens. Et l'amalgame, "judéo-chrétiens". Tu as trouvé ton bouc émissaire, tu as trouvé ta Cause, celle qui justifie ta notion "d'honneur". Grand bien t'en fasse. Sache seulement que par ce choix tu as renié l'une des valeurs qui sans aucun doute demeure fondamentale à tes yeux : la liberté. Les valeurs que tu as choisies s'embrouillent et disparaissent derrière un combat contre des moulins à vent que tu prends pour des géants.
Ton manque de lucidité me fend le cœur. Parce que tu fais partie de ces gens qui travestissent les valeurs. Parce que tu as trouvé ta bête noire, exactement à la façon de ces méchants au nez crochu dont tu dresses le portrait, animés d'intentions maléfiques à l'égard de ta grande Europe.
Au fond, si cela me cause autant de colère, c'est parce que je suis déçue. J'étais toute prête à prendre ta défense, toi l'un des héros presque mythologiques du black metal. Je ne parlerai pas ce qui s'est passé à cette époque, parce que je ne connais que les faits, et qu'ils ne suffisent pas. Mais tu restais une sorte de légende, parce que le black était nouveau, révolutionnaire, serais-je même tentée de dire. Je sais à quel point une histoire singulière passée sur la scène médiatique, sous les projetcteurs, peut être lacunaire, voire mensongère. C'est pourquoi j'ai voulu aller voir plus loin.
J'ai parcouru ton blog.
Je t'ai trouvé intelligent, et plus important encore, j'ai trouvé que tu réfléchissais avant d'écrire.
Mais tout ce que tu as d'intéressant à dire se retrouve éclipsé par des monceaux, pardon, des monceaux de conneries.
L'individualisme devient du protectionnisme. La revendication devient de la paranoïa agressive.
Selon moi, ton obsession sur la soi-disant mort de l'Europe est pathétique, et, permets-moi de le dire en utilisant tes propres mots, elle ne fait que démontrer ta faiblesse. Faiblesse, parce que tu n'es qu'un individu perdu dans la masse, qui ne comprend rien à ce monde. Tu l'as avoué toi-même. "Completely lost in this world". Toute ta campagne contre les grands méchants destructeurs de l'Europe, ce n'est que de la peur. Pure et simple. Nietzsche supposait que le christianisme était à base de haine et de ressentiment. Dis-moi ce que tu exprimes d'autre que du dégoulinant ressentiment ? Dis-moi ce qui t'embarque dans cette croisade anti-juive, anti-chrétienne, si ce n'est ton ressentiment pour un hypothétique paradis perdu, l'image figée et idéalisée d'un passé païen ?
Tu es aussi figé que les ennemis que tu combats. Parce que tu as désigné ton ennemi.
À mon avis, ton ennemi est à l'intérieur de ta tête. Tu les combats eux, parce que tu as peur pour ta propre identité. Tu n'arrives pas à te circonscrire. Le monde moderne ne te donne plus suffisamment de cadres rassurants. Nous vivons dans un monde plein de cette "diversité" que tu défends si maladroitement. La vérité, c'est que tu n'es pas capable de l'assumer, cette diversité. Elle te mine. Tu voudrais bien être plus pur et vivre dans un monde plus pur.
Pourquoi, vous tous, avez-vous besoin de brandir à ce point votre identité, si vous ne vous sentez menacés ?  Et par quoi et par qui êtes-vous réellement menacés ? Qui vous empêche d'être ce que vous êtes ? Vous a-t-on forcés à vous convertir à l'islam ? La vue d'un simple voile suffit-elle à vous donner un sentiment d'insécurité ? Êtes-vous si incertains, si faibles, si peu solides que côtoyer des personnes autres, qui ont d'autres repères que vous, suffit à vous faire monter sur vos grands chevaux ?
Pour moi, faire de l'identité une telle obsession ne dénote rien d'autre qu'un profond sentiment d'insécurité. Vous n'êtes que des gosses terrifiés, qui tremblent dans un monde dont les frontières ne sont plus si sûres. Vous confondez cet affaiblissement des frontières immémoriales avec une indifférenciation. Qu'est-ce qui vous empêche de rester différents ? Qu'est-ce qui vous empêche de vivre comme vous l'avez toujours fait ? Je suis navrée, mais je ne vois absolument rien qui vous en empêche. Derrière vos beaux discours aux grands mots ne se cache qu'une peur terrible. Et cette peur n'a de raison d'être que parce que, aussi individualistes que vous prétendez l'être, vous avez en réalité besoin de barrières sociales, morales, et juridiques, pour vous sentir protégés. C'est pourquoi je vous trouve pathétiques, tous autant que vous êtes. Vous êtes comme des vieux à qui on change les habitudes. Vous gueulez contre l'uniformisation, mais vous êtes juste mal à l'aise avec la diversité, celle que tu oses défendre, Varg. Vous êtes incapables de rester vous-mêmes si le vent tourne. Vous voulez juste vous faciliter les choses, en éloignant de votre vue ce qui est différent. ça évite de trop penser. D'être trop perdu.
Alors oui, cette lettre ouverte prend un autre ton. Ton cas, Varg, n'apparaît pas aujourd'hui par hasard. Il sert bien ta cause. Et si je suis aussi en colère c'est parce qu'il a un contexte. Je n'aurais que faire d'une affaire isolée. Mais tu es représentatif. Et tu es suivi.
Mon idée est que les gens qui composent ton comité de soutien ne sont en rien différents de n'importe qui choisit de se replier sur soi. N'importe qui épousant une cause ou une icône pour mettre un peu d'ordre dans sa vie. La vérité, je le crois – et quiconque le désire peut essayer de me détromper – c'est que très peu de gens réalisent ce qu'être libre signifie, et énormément croient le savoir. J'ai déjà vu ça ado, quand j'ai voulu embrasser la mouvance gothique. Et plus je l'embrassais, plus je m'apercevais que j'avais affaire à un groupe d'épouvantails qui passait son salaire – ou bien l'argent de papa ou de l'État – en vêtements d'apparats. Des gens qui vous dévisageaient quand vous entriez dans leur cercle fermé, leur petite élite intellectuelle et visuelle. Ils n'étaient différents que face à une majorité, mais relativement, c'étaient tous exactement les mêmes. ça en revient à ta critique du satanisme : une norme qui s'oppose à une autre.
Et tu fais la même chose, parce que les solutions aux problèmes que tu brandis sont déjà trouvées. Tu ne laisses aucune place à la subtilité parce que tu connais déjà les coupables. En quoi ta pensée diffère-t-elle de celle de tes Ennemis ? Où est ta liberté ? Tu es asservi comme n'importe qui à la mythologie, et son autre nom, la religion. Ton idéal est ton carcan.

J'en profite pour ajouter une parenthèse sur un sujet qui commence à me souler tout particulièrement. Tu fais partie de ce gens qui semblent se hérisser dès qu'on remet en question la notion de genre sexuel. Qui a dit que cette notion n'existait pas ? Je tiens au passage à souligner que la soi-disant "théorie des genres" est une pure et simple invention. On désigne sous ce nom un ensemble de récentes recherches portant sur la construction sociale du genre. Là encore, on ne cherche pas à uniformiser, mais simplement à savoir à quel point nous sommes hommes ou femmes de fait, et à quel point on nous instruit et nous recommande d'adopter tel ou tel comportement en fonction de notre sexe. Arrêtez de vous effaroucher parce qu'on remet en question des notions millénaires. Ce genre de théorie n'est pas faite pour détruire, mais pour nous permettre d'évoluer en tant qu'individus. Pour que tout un chacun puisse comprendre qu'il n'est pas censé être ou penser quoi que ce soit sous prétexte qu'il soit homme, femme, noir, blanc, et j'en passe. Et ce processus n'est pas, putain, de la conformisation, mais un processus de libération. Pardon, mais à mes yeux, quiconque pense le contraire a juste une trouille de tous les diables. Parce que sans définition, on perd le cadre, la direction à suivre, la règle en générale. J'en ai plus qu'assez qu'on confonde liberté et indifférenciation. La liberté, ce n'est pas revendiquer sa différence. C'est vivre avec sa différence en toute sérénité. Tout le reste n'est que mascarade. J'en ai plus qu'assez de ces discours de replis identitaires. Vous n'êtes que des lâches perdus dans un monde trop vaste. Si vous n'êtes pas capables de l'assumer, ayez au moins l'honnêteté d'avouer la vraie teneur de vos propos, au lieu de vous cacher derrière des idéologies de façades. Vous avez peur. Dites-le, et arrêtez de faire chier le monde.
Je suis une femme. Je suis blanche. Je suis issue des classes moyennes. Et le fait que je veuille savoir ce que ça signifie au-delà des conventions sociales résultant de tous ces paramètres n'implique pas que je veuille être la même chose qu'un homme noir aristocrate. ça signifie que je veux être libre. Et donc être autre chose que ce pour quoi mon environnement social m'a formée et cataloguée. Je ne veux pas être définie par des clauses extérieures qui ne dépendent pas de moi. Parce qu'elles sont toute relatives, historiques, idéologiques. Et que je m'en contrefous. Et abandonner ces paramètres, ces cadres, ne fait pas de moi une anonyme.
Je n'ai pas besoin de me circonscrire. Et si vous en éprouvez le besoin si pressant, c'est que vous n'êtes pas capable de faire face à la liberté. La liberté, c'est ce qu'il reste quand vous avez démonté cette architecture héritée qui fonde votre être. Vous devez seulement choisir votre héritage. Et faire ce choix ne change pas quoique ce soit au reste du monde. Cela ne concerne que vous. Encore une fois, si vous avez besoin que l'ensemble de la société fasse les mêmes choix que vous-mêmes, vous n'êtes que des lâches et des conformistes.

Le véritable individualisme, vous crachez dessus. Tout ce que vous dites ne sont que des belles paroles pour dissimuler votre propre conformisme inavoué. Le véritable individualisme se fout bien des Juifs ou de la remise en question de la différenciation des genres. Le véritable individualiste n'a pas besoin de clamer et surtout de revendiquer sa différence comme un chien aux abois, un chien acculé. Il se contente d'être. Et qui peut l'en empêcher ?

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