Astronomy Picture of the Day

jeudi 28 septembre 2017

Obscurité

Quelque chose me turlupine depuis quelques jours, et je n'arrive pas à mettre des mots dessus. Ceci est ma tentative pour le faire.
Parce que j'ai essayé la fiction, et j'y suis plus ou moins parvenue. Mais à l'heure où j'écris ces mots, je viens de mettre un point à la fin d'une phrase dans mon roman, et aussitôt quelque chose m'est venu à l'esprit.
Je me suis rappelé une phrase de Stephen King, dans Écriture. Ce n'est pas la vie qui doit soutenir l'art. C'est l'art qui soutient la vie.
Et je m'aperçois que la raison pour laquelle l'écriture m'est en quelques sortes douloureuse depuis quelques jours tient peut-être au fait que je refuse de gérer avec ma propre vie, du moins dans une certaine mesure, et je refuse d'admettre que la vie sera toujours plus forte que la fiction.
Je ne peux pas me cacher.
 J'utilise l'écriture comme certains utilisent le sexe, la drogue, ou même le travail. Exutoire. Safe place.
J'essaie par l'écriture de mettre le doigt sur quelque chose. J'essaie de créer des scènes et des situations qui reflètent le sentiment que j'ai d'avoir un ouragan déchaîné sous l'épiderme, retenu par ma cage thoracique. J'ai souvent cette sensation tellement physique. Comme si les choses bougeaient en moi.
Je suis perturbée ces temps-ci parce que je lis un texte, qui s'avère être une fan-fiction, qui me fait l'effet d'avoir littéralement plongé ses griffes dans ma cage thoracique. La principale raison pour laquelle ce texte me bouleverse autant, c'est parce qu'il parle de la façon dont on gère (ou pas) le traumatisme. Comment on gère l'inacceptable, l'inavouable, l'indicible.
Une très ancienne question pour moi. La dernière fois que je me suis sentie secouée comme ça, c'est quand j'ai joué à Enderal, et j'en avais parlé ici aussi. Parce que pour moi, qui dit "traumatisme" dit "impuissance". Comment faire face à sa propre impuissance ? Comment vivre avec la peur de revivre l'impuissance qu'on a déjà vécue ? Je n'ai nulle réponse à cela. Et c'est ça qui continue à grignoter mon inconscient et qui me pousse à écrire, encore et encore. Parce que ma réponse, c'est l'écriture. Le fait d'être capable de transformer. Je sais qu'on ne peut pas tout contrôler dans la vie. Je me suis toujours raccrochée à l'idée qu'on pouvait au moins en faire quelque chose de beau. Même le pire du pire.
Je lutte avec ça, du coup. Je lutte pour garder confiance en moi. Parce que ce pouvoir est mon seul pouvoir. J'en ai besoin de toutes les façons qu'on peut imaginer.
Mon adolescence et ma vie de jeune adulte ont été obscurcies par ce sentiment de perte de contrôle. Je faisais des crises d'angoisse assez régulièrement. Dont deux qui m'ont réellement fait peur. Comme si la terre se dérobait sous mes pieds. Je n'arrivais plus à respirer. J'étais en train de me faire dévorer vivante par mon cauchemar. (et oui, l'histoire que je lis appuie précisément là où ça fait mal, car elle me rappelle ces moments-là). Suite à ça, je me suis mise à la méditation. Ça vous paraît peut-être idiot, mais ça a fonctionné. Aujourd'hui, je suis capable de repousser les crises d'angoisse.
Et je vais bien, vraiment. Je ne me sens pas sur le point d'être dévorée. Mais je sens que je dois faire face. Je sens que j'ai fait beaucoup de progrès en devenant forte. Mais là où j'ai assez peu progressé, c'est sur l'acceptation d'être faible. De demander de l'aide, mais pas seulement. L'autre jour Franck a souligné le fait que je détestais avoir tort. Vous n'imaginez pas à quel point (ou sans doute que si, vu que vous me connaissez bien), mon orgueil se met en travers de mon chemin. J'ai toujours voulu être une héroïne, et c'est encore vrai aujourd'hui. Je n'autorise personne à me soigner, pas avant d'y être poussée, d'y être presque forcée. Je n'autorise personne à voir à quel point mes discours sont en décalage avec ce que je ressens. Ma plus grande peur est de ne pas être à la hauteur de l'idée que je me fais de moi-même, et à celle que je cherche obstinément à renvoyer. Je sais que vous n'en avez pas besoin pour m'aimer. Ceux qui lisent ce blog, je sais que vous m'aimez comme je suis. Mais si ce n'est pas suffisant pour moi ? J'ai toujours besoin d'être plus, de faire plus. Avant, ce genre de pensée dégénérait toujours dans une crise de haine et de mépris envers moi-même. Ce n'est plus le cas. Je n'ai simplement pas trouvé encore l'équilibre entre ce que je voudrais être et ce que je suis. J'incite toujours les gens à être forts. À être courageux. À faire face. À se battre. Et que se passerait-il si moi je n'y arrivais pas ?
Mais je sais bien que tous les héros ont des failles. J'essaie de trouver un moyen de faire face aux miennes. Chez moi, des failles, ça signifie des abysses en puissance. J'ai beau me vanter de faire de l'introspection et d'aller chercher au fond de moi l'obscurité pour y faire face, j'ai toujours peur du noir.


Permettez-moi de vous expliquer pourquoi je mets cette piste-là, pourquoi elle me file la chair de poule. Parce que c'est l'histoire d'une fille qui se relève. L'histoire d'une fille qu'on a réduite à la plus pure impuissance (en l'occurrence, après avoir subi les pires tortures, elle a été privée de ses cinq sens). Mais personne ne peut la vaincre, personne ne peut réellement la rendre impuissante, parce que sa force intérieure est intouchable. Je sais à quel point ça paraît idiot, mais je ne peux que prier pour que ma propre lumière soit aussi forte.

mercredi 6 septembre 2017

Ténacité



Parce qu'il est parfois difficile de trouver les mots, et vous savez comme les mots sont importants pour moi, aujourd'hui j'ai décidé de copier ici un extrait de mon journal intime.


Dix jours après la dernière entrée dans ce journal, maman est morte. Aujourd’hui je reprends ma vie, les choses sont un peu différentes, j’ai comme une conscience plus aiguë de mes responsabilités et de ce à quoi on a affaire quand on doit gérer une crise tout en n’arrêtant pas de vivre. Et pourtant quand ce genre de crise arrive, ce n’est pas l’envie qui manque de rester au lit et de fermer les yeux.
J’ai mal au cœur et les ombres se rassemblent, je me sens perdue parfois j’ai l’impression de ne rien comprendre autour de moi mais après tout je suis comme ça depuis l’adolescence.
J’ai mal au ventre, des crispations d’organes, des douleurs d’entrailles qui traduisent et expriment les pensées qui se cognent aux parois de mon crâne. Je vais bien et je ne vais pas bien. J’ai le moral d’un chat de Shrödinger.
J’ai l’impression d’avoir beaucoup perdu mais aussi que cet événement a frappé fort sur l’enclume où je me forge ma nouvelle personnalité depuis le début de l’année, quand j’ai commencé à comprendre que je pouvais m’en sortir. Je suis altérée, plus radicale, j’ai perdu, presque, mes habits de diplomate. Ma patience s’est amenuisée, mes doutes aussi, et peut-être que j’en avais besoin pour avancer, pour ne plus être paralysée par l’incertitude et la sensation d’illégitimité. Avec la force vient une forme d’implacabilité qu’il faut sans doute essayer d’utiliser à bon escient, pour le meilleur, et pas au détriment d’autrui. La vie est en train de me rendre féroce. J’ai toujours lutté pour trouver un moyen d’utiliser l’énergie vitale immense qu’il y a en moi. Une partie de cette énergie rayonne désormais naturellement, au quotidien. Ça ne se voit peut-être pas, mais je suis plus ancrée et solide. La tristesse en moi s’est durcie, et la joie aussi.
Je ne suis plus la fille d’il y a deux ans. J’ai découvert non pas comment renoncer, mais comment refuser. J’ai découvert que même si je ne pouvais pas plier le monde à ma volonté, je pouvais, moi, refuser d’être pliée.

Espérons juste que je ne me trompe pas d'adversaire pour ne pas finir comme Erza :D

 

vendredi 2 juin 2017

C'est l'été !

C’est l’été… La saison la plus gaie et la plus désespérée de toute. La saison de l’extrême, des fruits gonflés, des feuillages étouffants, des cieux tourmentés ou bleus à en crever. La saison de l’essoufflement, du désir, de la faim de liberté, de la mer éternelle, des questions sans réponse, des souvenirs en cohorte, de la nostalgie qui fait mal à la gorge, de la joie qui vitalise tout le corps, du chagrin abyssal. La saison des départs et des rencontres, la saison où l’on se quitte, et parfois où l’on se retrouve. Parfois, ce n’est qu’une longue journée sur un quai de gare, sous un soleil torride et impitoyable, à attendre un train qui ne vient pas. Parfois, c’est le moment de la dernière cigarette tandis que le train s’arrête dans un sifflement assourdissant, le moment où le cœur bat la chamade, où l’on déglutit avec peine et on lâche son mégot, on attrape sa valise, et on monte dans le wagon sans se retourner.
Ce sont les longues soirées sous les étoiles, à écouter le vent et les grillons. Les verres en terrasse. L’insouciance crépitante de l’enfance, où la noire prison des ruminations, la mélancolie du crépuscule ou la folie de l’aurore. La saison de l’apathie ou la saison de l’envie, c’est la saison de Bacchus mais aussi celle de Janus, le dieu à deux visages, celui des portes et des commencements.

vendredi 21 avril 2017

Instantané




Dans le miroir musical nagent les ombres et les visages familiers. J'effleure la surface, le sang chargé d'adrénaline. C'était hier, c'était il y a un instant, c'était il y a cent mille ans. Ça n'a aucune importance. Je me fonds à la surface du miroir, le corps agressé par les spectres qui naissent dans les rêves.

La plus vieille mélodie du monde est toujours la même, en dépit de toutes ses métamorphoses. Je la déroule comme un fil, comme si elle naissait au creux de mon estomac et se répandait en filets de fumée dans mon appartement désert.

Juste un instant, déjà englouti par l'immensité de la houle.
Je veux juste le sentir, pendant qu'il existe, ce sentiment ténu, à peine plus réel qu'une étoile qui palpite dans le bleu déjà trop clair du matin.

La mélancolie possède une mélodie silencieuse, des sonorités tues qui éclatent comme des bulles de presque, des souvenirs, des reflets. Je suis une toile blanche où le monde peint son histoire.
J'ai cru des milliers de fois y parvenir, mais ainsi que le disait Pan, seul l'homme est assez fou pour penser pouvoir attraper des rayons de lune.

Funambule sur un fil d'Ariane, je progresse dans le labyrinthe, entourée des ombres et des visages familiers.

Les heures du jour, de la même immense journée, vacantes, troubles comme l'atmosphère poussiéreuse d'un grenier traversé de rayons de soleil. La même femme, assise à côté de la petite fille et de l'adolescente, dans l'ombre de la vieille femme. Les mains tendues vers la lumière. L'émerveillement dispute à la terreur dans leurs yeux humides, plein des mélodies sourdes de l'univers.
Au cœur de ma bibliothèque d'images scellée au plus profond de mon esprit, je contemple la valse des fantômes, semblable à la respiration du ressac. Mes collections de jouets abandonnés me fixent silencieusement dans l'ombre, et parfois, parfois, quand le soleil est sur le point de disparaître, les murs s'effondrent.

Le bruit de la mer dans ma tête, un murmure mâle confus et séduisant. La pression du ciel sur la poitrine. La lumière souveraine, dénuée de poids et d'identité, qui me cloue au clavier dans mon éternelle tentative pleine de révérence pour parler d'elle.

Une ou deux minutes, une minuscule éternité. Le vent passe dans mon feuillage et éveille des milliers de frissons, fait revenir à la vie toutes les terminaisons nerveuses des rêves, ancrées dans le corps et l'imaginaire. Personne n'aura jamais fini de raconter l'histoire de sa rencontre avec le monde.

Et chaque fois que le vent se lève, je suis en vie.

vendredi 6 janvier 2017

Creepy January

+Ça fait un moment que ça me travaille, et ça me manquait. Je suis de retour ici !



Hyper sensible en ce début d’année, victime de la fatigue, d’un rhume carabiné, du mousseux, et d’un excellent jeu vidéo (Enderal, une "extension" de Skyrim, mais en fait un jeu vidéo à part entière qui se sert de la base technique de Skyrim). Je me suis incroyablement triste, davantage que je ne l’ai été depuis très longtemps. Et pourtant… ça libère quelque chose en moi. Comme si ça faisait trop longtemps que je n’avais pas pleuré. Est-ce une sorte d’attendrissement, une vague d’émotion en voyant les choses sous un autre angle, débarrassé des considérations quotidiennes, une sorte de pureté de sentiment ? Peut-être… Ça me donne désespérément envie d’écrire tout en m’ôtant les mots des doigts, et c’est l'une des plus ancienne émotion marquante dont je me souvienne, l’une des plus familières.
Il y a ces impératifs, ces choses à faire, ces deadlines à respecter, mais il y a surtout cette palpitation dans la poitrine, cet émerveillement mêlé de sidération, l’alliance des extrêmes, quelque chose d’impossible à exprimer vraiment. Je suis triste, non, ce n’est pas le mot exact. Je suis submergée. Et la tempête me déchire, mais elle me nourrit aussi.
En raison de la fièvre cette semaine me paraît encore plus nébuleuse que les autres, la notion du temps complètement étrangère. J’ai fait des rêves extrêmement étranges, des rêves qui me donnent l’impression d’avoir eu une sorte de clairvoyance. J’ai traversé des kilomètres de cavernes obscures avec une gravité sans doute à peu près équivalente à celle de la Lune, et la seule chose qui me guidait, c’étaient les sons. Des sons étranges, partout autour de moi, des cliquètements et des grattements, qui avaient une existence autonome, qui n’avaient pas besoin qu’on les produise, et qui se déplaçaient dans l’air d’une manière non naturelle, comme s’ils tordaient l’espace et le temps. Je crois que la dernière fois que j’ai vécu ça, c’était en hallucinant sous somnifère il y a seize ans. Comme quoi, les psychotropes peuvent vraiment mener à des états de conscience particulièrement intéressants.
J'ai eu aussi ce sentiment de voir la même scène se dérouler dans plusieurs endroits différents, mais comme si ces endroits étaient superposés. Oui, une sorte d'omniscience onirique, en gros.

Parfois, j'ai le sentiment de saisir quelque chose. Pas avec ma pensée, du moins pas avec le langage. C'est hors de ma capacité d'abstraction. Je ne fais que le ressentir. Ça me prend aux tripes. Ce blog, tout comme mon journal Les Écritures du vide, et les deux sont souvent les mêmes, sont comme une antichambre de l'écriture. Une soupape nécessaire au processus créatif. C'est pourquoi ça me manque, parce que ce n'est pas tout à fait pareil quand je sais que vous pouvez me lire, et quand je l'écris juste pour moi. Je n'attends rien de vous, c'est juste en quelque sorte... réconfortant, juste le fait de savoir que vous pouvez me lire.

L'année 2016 a presque tout changé pour moi. Ça a été l'année la plus dingue de ma vie. L'amour, le boulot, et avec ça, l'estime de moi qui est revenue, la force de continuer, mais plus important que la force, l'envie.
J'ai continué à être aussi sotte, et je continuerai. J'ai une drôle de manière d'être et j'aime bien me dérober, j'ai une immense pudeur émotionnelle. À tel point que souvent, je ne me rends même pas compte que je ressens. Comme ce matin en pleurant devant une stupide newsletter. Alors oui, c'est aussi l'hypersensibilité qui amène ça. Mais il y a autre chose. Je suis en perpétuelle lutte pour ne pas me couper de moi-même, pour ne pas me couper de mes émotions. Non pas parce que c'est plus facile ou confortable sans (c'est tout le contraire), mais parce que ça m'oblige à mener une double vie, et c'est ça qui est dur. Je n'ai jamais trouvé le moyen d'être autant moi-même avec les autres que je le suis quand je suis seule. Notamment parce qu'il faut en passer par les mots, et que j'ai beau avoir consacré ma vie à l'écriture, spoiler alert, la plupart du temps, je ne sais pas quoi dire, à part pour pour blablater sur des choses qui ne m'impliquent pas (ou peu) émotionnellement. Je sais rassurer (je crois), je sais écouter (je crois aussi), je sais démontrer mon point de vue (inutile de continuer), j'aime la polémique et le débat pour eux-mêmes. Mais je parle très mal de moi. Je ne sais le faire qu'ici, que comme ça. Je ne sais bien le faire qu'ici. Quand je parle, je n'arrive jamais à dire ce que je peux dire ici. C'est pourquoi ce blog est important.
J'ai pensé un moment ne plus en avoir besoin. J'ai même pensé ne plus en avoir envie. Des conneries que tout cela. Tout une partie de ma vie est basée sur le fait que moi, femme forte et indépendante, je n'ai besoin de personne. Mais c'est faux et il faudrait que je cesse de me leurrer à ce sujet. Je ne sais pas encore comment réconcilier ce fait avec mon ego, voilà tout.
Ma fierté est ma faiblesse mais c'est aussi ma force. Le mur dont parle le titre de ce blog, il est profondément ambivalent. Meilleur ami, meilleur ennemi.
Longtemps j'ai été torturée par l'idée que j'étais nulle pour vivre. Je me rends compte que pas plus que la moyenne, en fait. Tout un chacun, on ne fait que lutter, en permanence. Mais moi, j'étais trop bien pour ça. Moi, je ne lutte pas, je suis. Tu parles...

Les années ne m'amènent pas vraiment à plus de sérénité. Mais, je crois, à plus de clairvoyance. Cependant, abandonner ses illusions une à une, on m'a décrit ça quand j'étais ado (du moins je l'ai compris comme ça) comme un processus amer menant au cynisme. Je ne le vis pas comme ça. Alors oui, c'est douloureux. Mais je le vis davantage comme je vis l'écriture : un accouchement. C'est long, douloureux, ça contracte et sature tout mon être, mais c'est libérateur. Chaque fois que je me replie sur moi-même, que je me crispe sur mon propre hurlement, je crée une porte dans mon labyrinthe mental. Vous qui me connaissez bien savez que ma peur ultime est celle de l'emprisonnement : dans son propre corps, dans son esprit, ou dans la vie qu'on s'est construit. Cela ne fait pas de moi une personne sans attaches, bien au contraire. Ça fait de moi quelqu'un qui éprouve le besoin constant de poursuivre l'horizon, c'est ça qui fait, dans une certaine mesure, que dès que je rentre dans un espace public bondé, mon premier réflexe est d'évaluer les issues possibles. C'est ça qui fait que je doute autant, et aussi que je me dérobe sans cesse, parce que ma peur de ne pas pouvoir partir prévaut sur tout le reste. Je sais d'où ça vient, du moins en partie : le spectacle de l'impuissance d'autrui, ça apprend à prévenir de telles situations. Ma vie est construite là-dessus : éviter de me retrouver piégée. C'est tellement ancré en moi que je ne sais pas si ça partira un jour, et je ne sais même pas si je devrais vraiment me débarrasser de cet instinct, ou si ce qui m'invite à le faire, c'est l'idée d'être plus acceptable et acceptée.

Et merci à Nathalie pour ce billet, parce que c'est en grande partie ton courage à écrire qui est à l'origine du mien.

mercredi 20 mai 2015

Naufragés dans la nuit, direction la sortie*

* Ces mots appartiennent à Damien Saez

Encore une fois, au cours d'une déambulation tardive, je tombe sur une chanson qui dit presque exactement ce que je voulais dire... C'est pratique, quand l'hiver a gelé vos cordes vocales.



Is it getting better
Or do you feel the same
Will it make it easier on you now
You got someone to blame
You say...

One love
One life
When it's one need
In the night
One love
We get to share it
Leaves you baby if you
Don't care for it

Did I disappoint you
Or leave a bad taste in your mouth
You act like you never had love
And you want me to go without
Well it's...

Too late
Tonight
To drag the past out into the light
We're one, but we're not the same
We get to
Carry each other
Carry each other
One...

Have you come here for forgiveness
Have you come to raise the dead
Have you come here to play Jesus
To the lepers in your head

Did I ask too much
More than a lot
You gave me nothing
Now it's all I got
We're one
But we're not the same
Well we
Hurt each other
Then we do it again
You say
Love is a temple
Love a higher law
Love is a temple
Love the higher law
You ask me to enter
But then you make me crawl
And I can't be holding on
To what you got
When all you got is hurt

One love
One blood
One life
You got to do what you should
One life
With each other
Sisters
Brothers
One life
But we're not the same
We get to
Carry each other
Carry each other

One...life

One

Pour ceux qui ont envie d'un extra de déprime (on ne sait jamais, ça fait du bien parfois), bienvenue dans mon bar à whisky.

(Mention spéciale à la première chanson : penser qu'elle voyage actuellement dans les ténèbres au-delà du système solaire, à bord de Voyager, lui donne encore une nouvelle dimension... Je ne pense pas que Blind Willie aurait pu prévoir que la solitude que sa chanson exprimait acquerrait une dimension à ce point... cosmique.)

Nan, crois moi, tu veux vraiment pas qu'j'aille plus loin,
Parce qu'au mieux ça t'empêchera d'dormir,
Et au pire, ça t'donnera envie d'me cracher à la gueule


Le plus triste dans la chanson de Stromae, ce sont les mots du flic : "Allez, courage, hein".

mardi 17 mars 2015

Hésitations





Attention, post qui ressemble à un énorme chantier.
Avant, je disais avec ma chanteuse préférée plus grandir pour pas souffrir… Je suis maintenant tout à l’opposé. Je veux grandir…
L’aurore au creux de mon ventre, aiguisée comme un poignard, mes vertèbres plantées de lumière, mes lèvres salées. Sa promesse douloureuse qui me vrille les nerfs, son goût de paradis perdu. Le temps qui se joue de moi. Ma prière frissonne dans mes entrailles.
Un rêve.
Quelques notes qui me rappellent l’autrefois, ou peut-être l’après. Comme tous les jours, je remplis mon rôle de figuration. Je ne peux pas me voir, personne ne le peut. Autour de moi gisent des centaines de mains coupées.
J’ai dansé pendant des heures. Le mouvement des danseurs m’a emportée comme la marée, j’ai disparu entre leurs corps agiles et gracieux, incapable de les suivre. Un homme grand et sévère a tenté de me contraindre à suivre la danse. Mais à chaque mouvement, il me perdait. Sa main tendue me laissait disparaître dans la masse confuse des corps.
Le même murmure continue de résonner à mon oreille. La même mélodie.
Je me souviens…
À peine.
Échouée sur ses rivages de corps, je n’éprouve que le poids du ciel sur mes os.
Comme tous les jours, j’apprends à écrire. Je me dérobe à chaque phrase (j’apprends à dire que ce ne sont pas les mots qui se dérobent). Les virgules disparaissent sous les points finaux. Les points de suspension interrompus, les épanchements tus.
Comme un souvenir de tendresse qui me réduit au silence.
Le rappel d’un rêve qui s’évanouit déjà.
J’ai toujours cette sensation de reprendre le fil d’un récit interrompu, sans jamais savoir de quel récit il s’agit. Comme si tout ce que j’avais jamais écrit n’était jamais qu’une longue, très longue introduction…
Je n’ai jamais eu l’impression de terminer quoi que ce soit. Je commence, je recommence. La sensation d’achèvement est-elle si désirable ? C’est plutôt que j’ai cette impression de tendre vers quelque chose, et je ne suis pas du tout certaine de m’en être rapprochée. Parfois je retrouve la foi de mon enfance. Cette sensation de destin. Mais plus souvent encore, je me dis que c’est stupide, un réconfort pour les faibles. Et pourtant…
Au moins, je sais que ces atermoiements sont la source même de mon écriture.
Je ne suis pas une bonne personne. Pas mauvaise non plus. Mais je suis perdue. J’ai une conscience de ce fait presque dévastatrice. Je croyais qu’il fallait aller au fond du trou, mais en fait, je crois que c’est un piège. Que la véritable épreuve, c’est de savoir comment remonter. Tout ce que je veux, c’est réussir, d’une manière ou d’une autre, à faire de cette exaspérante banalité quelque chose de beau. Ça a toujours été le sens de ma vie. Sans beauté, je ne trouve aucun intérêt à l’existence. J’y travaille, je ne me contente pas de le dire. Mais chaque fois je redécouvre la tâche plus ardue. Presque impossible, à première vue. Chaque jour permet de contredire un tout petit peu cette impression. Voilà les branches auxquelles je me raccroche.



On aimerait tous êtres géniaux. La question n’est pas que je ne veux pas faire d’efforts. C’est, encore une fois, que la simple volonté n’y suffit pas. Le chemin est un peu plus tordu que cela. Au moins, j’ai cessé de m’en prendre à moi-même sans arrêt. C’est officiel : j’assume d’être une paumée tourmentée par un énorme sentiment d’impuissance. Je fais de mon mieux. Si progrès il y a, c’est là. J’accepte de ne pas devoir être telle ou telle personne. J’accepte mon sentiment de décalage. Inutile d’y remédier. Si j’ai quelque chose d’utile à faire, ce sera grâce à ça. Tout ce que je n’ai pas parvenu à accomplir pour être cette personne forte, juste, sensée, ce sera ça, ma force. Je ne suis ni forte, ni juste, ni sensée. Du moins, pas autant que je l’avais prévu. Si je parviens à accepter cela, peut-être, peut-être seulement, je pourrais la toucher du doigt, cette liberté.
Et aussi accepter qu’au fond de moi, je suis une croyante. Je l’ai toujours été. Ce n’est pas faute d’avoir essayé de ne pas l’être. Pas en dieu, évidemment. En aucun dogme. Mais je ne serai jamais non plus une personne rationnelle, carrée, droite, les pieds sur terre. Ce qui a le plus influencé ma vie jusqu’ici provient de l’intérieur, un sentiment de nécessité. Je m’y suis toujours fiée sans vraiment l’assumer non plus. Toujours sur le fil, à jongler entre mon éducation très cartésienne et ma propre expérience. À chercher l’approbation tout en espérant la contradiction.
Je sais, je suis à moitié incompréhensible, et tout ceci est un mélange de rêves et de réflexion. Mais on est derrière le mur, ici. Ça a toujours eu une signification particulière, et c’est pourquoi je ne parviens pas à fermer ce blog.