Ce qui est étrange, c'est que le temps, et les moments de la journée qui le composent, semblent rouler comme un fleuve, au-dessus de quelque chose, ou à travers quelque chose, que le temps ne fait que traverser. Nous vivons en surface, la plupart du temps, ignorants et aveugles. Parfois, le fleuve s'ouvre en deux. Et nous avons un aperçu de l'entre-deux, des couloirs qui éclairent le vide, du nagual et du sacré. Certains le traduisent par le mot "lumière", faute de métaphore. D'autres par une simple expression "a warm place". Ma quête, mon unique quête, est impossible et vouée à l'échec. Parler de cet entre-deux. Certaines personnes pourraient me juger mystique mais il m'a toujours semblé, à la manière du film Matrix, ou Avalon, que la réalité, ce que nous appelons réalité, n'était qu'une grossière illusion. Truth is out there...
Don Juan a dit à Castaneda que les drogues étaient une béquille. Je crois que j'aurai besoin de ma drogue personnelle pendant très longtemps encore, si ce n'est toujours. La drogue a toujours été un élément clé du rituel et de la transe. Ce n'est pas par hasard. Il semble qu'elle aide à ouvrir les portes de la perception... Chevaucher les esprits. La folie. Je crois à la division du sacré et du profane. Il me semble maintenant évident que le profane ayant envahi jusqu'aux valeurs morales, nous sommes conditionnés à l'ignorance sourde et aveugle de son pendant, le sacré. J'ai l'impression que mon éducation m'a forcé à l'évacuer comme une mauvaise habitude. Et j'ai envie de révolutionner cela. Je me rends compte que ce que je sens si fort en moi ne peut être considéré comme un délire personnel que si moi je prends la décision de le juger ainsi. Ce chemin n'appartient qu'à moi. Personne ne peut vous imposer une voie spirituelle. Jamais. On ne vit pas sa vie spirituelle par la crainte ou la force. En ce cas, on fait semblant de la vivre. Bon, pour éteindre vos éventuels doutes, mais je pense que vous l'avez déjà compris, je ne me suis convertie à aucune religion. J'ai juste décidé de laisser parler ma nature profonde, au lieu de l'enfouir inutilement. Il ne s'agit pas d'une opposition rationnel/irrationnel. ça me semble presque basique et puéril, comme opposition. Je ne cesse d'analyser mes perceptions du "sacré" de l'entre-deux, de la lumière. Elles n'ont pas un fondement irrationnel. Elles appartiennent à une vérité qui me dépasse. Ou une vérité que j'invente. Mais fondamentalement, y a-t-il réellement une différente entre ce qu'on invente et ce sur quoi tout le monde est d'accord pour lui attribuer le statut "d'existence" ? Je crois que la réalité est, et doit, être plus malléable que ça. Pourquoi le doit-elle ? Parce que figer la réalité est la trahir, et c'est justement anti-scientifique et anti-philosophique. Le meilleur moyen de savoir est de tomber dans le terrier du lapin. Le meilleur moyen de connaître est d'abandonner ce que l'on sait, ou plutôt ce que l'on croit savoir, car que sait-on vraiment ? On ne sait que ce qu'on est habitué à savoir.
Le jour s'en va lentement. Stephen King, dans Duma Key, dit que l'artiste doit être affamé pour produire. A prendre au sens littéral aussi bien que métaphorique, je crois. Je suis affamée, normal, j'ai mangé à midi pour une fois, et pour une fois, je suis allée me promener un peu. J'ai commencé à écrire un peu au hasard, pour voir si quelque chose venait, car mon heure d'écriture est désormais plus ou moins calée au début de soirée, pendant l'apéro, avant de manger. J'ai écrit un peu, tous les jours. Pour le moment, ça me convient plutôt bien. C'est l'ouverture des portes de l'imaginaire, avant le vide de la nuit, après les préoccupations autres du jour cru et peuplé. Le crépuscule sera-t-il mon moment ? Je ne crois pas que quoique ce soit soit fixe, disons que pour l'instant ça me convient. J'apprécie la vue immense que j'ai du ciel, ici. Je peux voir les nuages se déployer et traîner à travers le ciel, déclinant les formes et les couleurs à mesure que le vent les fait vivre. La forêt continue de se tapir à l'horizon. Je commence à trouver mes portes d'entrée dans l'écriture, celles qui me font oublier la famine et le doute. Je commence à comprendre comment écrire, même sans idée, même sans cette poussée monstrueuse, cette pression intérieure qui parfois me rend folle et m'empêche carrément d'écrire. Désormais, j'apprends à provoquer le jaillissement, et non à l'attendre. Présentement les nuages prennent une couleur soufrée tandis que des vapeurs légères, comme des fumerolles, se détachent de leurs corps massifs. Pour écrire, il ne faut pas chercher quelque chose de précis. Ne fais pas le geste de tendre le bras, c'est la seule manière d'obtenir quelque chose. C'est une quelconque déformation d'une pensée bouddhiste qu'un ami m'a appris, un jour. Ce genre de vérité qu'on teste et qu'on défie toute sa vie, et cette vérité prend une profondeur renouvelée avec le temps, chaque fois qu'elle nous revient à l'esprit. Etrange... Je regarde actuellement la dernière saison de Lost. Ne vous inquiétez pas, je ne vais pas vous spoiler. Mais. C'est la meilleure série que j'ai jamais vue. Et j'entends déjà des voix s'élever un peu partout pour contester cette allégation. Mais je ne parle qu'en mon nom. Parce que, voyez-vous, elle résonne en moi. Comme quand j'ai lu Mathieu Ricard (ancien neuro-biologiste devenu moine bouddhiste et porte-parole du Dalaï-Lama en France), comme quand j'ai lu Carlos Castaneda (si par hasard quelqu'un qui me lit ne le connait pas, je me dois de le lui présenter : étudiant parti faire une thèse sur l'utilisation des drogues hallucinogènes dans les rituels au Mexique, il devient le disciple de Don Juan, un philosophe anonyme, inconnu et... un guerrier, un sorcier.). Comme quand j'ai lu Océan Mer d'Alessandro Baricco et Le Royaume des Devins de Clive Barker. Quand j'ai ressenti les fils de la toile s'entremêler et bouger en moi. Quand j'ai su que tout cela n'était qu'un rêve. Quand j'ai su que la réalité était pleine de trous. Comme quand j'ai vu Mulholland Drive. Quand j'ai redécouvert cette vérité, encore sortie du même ami que tout à l'heure, que la vie n'est que ce qu'on en dit. Que nous ne sommes pas forcés de n'en voir qu'un aspect. Que nous pouvons fouiller les interstices. Un poète tchèque a dit approximativement qu'un poète ne faisait que mettre en lumière ce qui avait toujours été là. Dans le test, que j'ai refait, je suis encore et toujours Jack. Mais il comprend un truc fondamental dans la dernière saison. Comme lui, je suis longue à la détente. Pour le fun, je vous copie le résultat du test, peut-être me reconnaîtrez-vous un peu. C'est pas si faux sauf que je ne suis pas une leader et que je m'occupe pas tant que ça des autres. I do care, that's all ! Jack You scored 60% kindness, 43% courage, 39% seedy past, and 54% secretiveness! "We're not savages, Kate. Not yet."
You are Jack. You are compassionate, heroic, and a bit of a martyr. You are brave and a natural leader. However, you shouldn't keep so much bottled up inside. You are so busy taking care of others that you have no time or energy to take care of yourself. Take a load off once in a while and play some golf with Hurley. You need to relax pretty soon or else you'll be no good for anyone anymore - including yourself!
Your polar opposite is: Shannon. You are similar to: Boone and Sayid.
Oh, si vous voulez le faire aussi : http://www.okcupid.com/tests/take?testid=5052228135609532493
Pétard ! (comme dirait ma grand-mère). En ce moment je me noie littéralement dans les corrections. J'ai deux romans à corriger, même si l'un d'entre eux n'est pas achevé, je ne fais que corriger ce qui a déjà été écrit. Mais je n'ai qu'une hâte, c'est de me remettre à écrire. M'enfin... C'est ce que je dis maintenant. Mais l'écriture et moi, c'est l'amour et la haine. Quand je dois écrire, il me semble que mes idées sont merdiques. Et quand je dois me corriger, je me congratule parfois, et je fais la moue, beaucoup. Bordel ! J'ai commencé une nouvelle pour une anthologie, dont le sujet me plaît beaucoup. Mais combien de temps ça fait que je n'ai pas écrit une nouvelle à moi, hors appel à textes ? Je m'échine en ce moment pour comprendre comment je fonctionne, trouver ce qui est le mieux pour moi. Je crois que je suis une sacrée bordélique, et je suis pas sure de pouvoir me changer là-dessus. Je crie déjà d'angoisse à l'idée de prendre un repas à heure fixe. Cela dit, ça ne veut pas dire que je ne peux rien organiser. Figurez-vous que quand on a des tonnes de temps libre, c'est pas forcément plus facile, parce qu'on a aussi une tonne de choses potentielles, en devenir, en attente, en cours, en fin de vie, en correction, en finalisation. Et ça m'emmerderait de ne pas avoir tous ces trucs, parce que je n'arrive pas à me consacrer corps et âme à une seule chose. mais c'est quand même un vaste foutoir. Résultat, tout avance, petit à petit, et si on schématisait ma productivité, ça ressemblerait sans doute aux cours de la bourse. Putain, (excusez-moi pour la grande vulgarité de ce billet, mais ça défoule), putain, disais-je, en écriture, c'est comme attendre que son whisky veuille bien vieillir pour pouvoir le boire. Pour avoir des résultats, faut pas être pressé. Vraiment pas. Mais ça finira par marcher, n'est-ce pas ?
Je suis tombée amoureuse. Ce n'est pas tous les jours qu'on écoute quelque chose qu'on n'a jamais entendu avant. Scotchant, incroyable. Les morceaux sont longs mais ce n'est pas une musique qui passe toute seule. C'est une musique qu'il faut écouter. Une musique qui ne se laisse pas aimer du premier coup. La première fois, j'ai été très surprise, enfin, c'est vrai, j'aimais déjà. Mais à la cinquième écoute, j'étais amoureuse :)
Peu dormi cette nuit, après un week-end de lâcher prise avec des amis, et des moments précieux. Mais je n'ai pas envie de me coucher. Mathias et Nathalie me manquent ce soir, plus fort que d'habitude encore, je le sens physiquement. Sans eux je vis sans une partie de moi. Personne à part Scott ne me manquera comme ils me manquent. Du coup, je me sens mélancolique, pensive. Je commence à compter les jours avant de partir au Québec. De toute façon j'attends la nuit, j'attends que la chaleur baisse, j'attends que le jour prenne fin. Trop de lumière. Chaleur lourde. Le jour est oppressant. J'ai envie de m'égarer sur des chemins plus amicaux, noirs et frais, où l'imagination s'élance librement pour modeler le silence. La fatigue m'aide à rencontrer mon émotion. Nathalie a dit que j'aimais vivre de façon chaotique. Je ne sais pas si j'aime, mais je crois que je ne sais pas tellement vivre autrement. Une des raisons pour lesquelles j'ai du mal à me voir vivre avec quelqu'un d'autre que Scott. Bonne résolution : arrêter de me plaindre et vivre en assumant mes conneries, en assumant ma difficulté à vivre. Vivre. A ma façon et de mon mieux. Quand j'essaie d'expliquer à mes amis ce qui est peut-être de l'alcoolisme, je suis juste et à côté à la fois. Je n'y vois pas clair dans ce problème. Mais la première étape est d'accepter ce qu'on est et ce qu'on fait. Après, on peut choisir de changer, ou pas. La santé est importante mais elle est fragile quoiqu'on y fasse. Et la santé ne comble aucun vide. La santé n'aide pas à écrire. La santé fait partie d'un mode de vie auquel je n'atteindrai jamais tout à fait. Tirer des plans sur la comète est inutile. Il faut que j'arrive à me débrouiller, maintenant. Ça faisait longtemps que je n'avais pas eu l'impression de grandir. Ce soir, j'ai cette impression. Je dois me débrouiller seule, à ma façon, et selon mes moyens. Mais je peux le faire. Même si ce n'est pas aussi bien que ce que je pense qu'on attend de moi. Je dois m'en tenir à des objectifs, à des faits. Je veux écrire, je dois écrire. A moi de me débrouiller pour trouver comment. Je ne me connais pas, en fait. Je ne sais pas ce que je peux faire et selon quelles modalités, pour quelque chose qui ne m'est pas expressément demandé, quelque chose que je mets en place toute seule. Je m'aperçois que je ne sais pas comment faire, comment me gérer, comment m'épanouir pleinement. Je dois d'abord trouver ce qui me correspond vraiment, trouver mon rythme et ma manière. Je comprends maintenant que c'est aussi ça, être écrivain. C'est savoir comment écrire, selon sa personnalité, ses contraintes, ses envies, ses ennuis, ses problèmes. Je m'aperçois que je n'ai pas trouvé la vie qui me convenait. Et il est temps. J'arrête les errances, et je travaille sur ce que je veux vraiment, et les moyens de mettre ça en place. J'ai envie de passer à autre chose. De devenir ce que je suis. A vrai dire, je ne pensais pas que le chemin était si long. J'avais naïvement pensé avoir atteint une certaine maturité. Mais c'est faux. C'est un chemin qui traverse toute la vie, et je suis certaine que si j'atteins la quarantaine, la cinquantaine, et après, j'aurai toujours cette impression de grandir. J'en ai assez de culpabiliser, et d'être insatisfaite. Je veux vivre ma vie. Je veux être moi-même. Je veux donner tout ce que j'ai, car si je ne le fais pas, ma vie n'a pas de sens. C'est ma réponse au dilemme d'Antigone. Je dis oui, mais je m'engage à devenir ce que je suis. La vie, en dehors de ce que je peux y mettre, de ce que je peux en faire, c'est une énorme blague de mauvais goût, c'est moche, et ça peut me mettre au fond du trou rien que d'y penser, cette mélasse quotidienne, cette lassitude, cette monotonie, ce dégoût progressif qui nous ronge jusqu'à ce qu'on ne devienne que des ombres de nous-mêmes. Je suis terrifiée par ça. Tellement terrifiée que je le provoque. En face de la possibilité d'un échec, le provoquer, c'est s'assurer la certitude d'avoir mal. Peut-être est-il plus facile de vivre en se montant la tête avec des futures douleurs, plutôt que de plonger dans l'inconnu, de ne croire à rien, pas même à son propre malheur, pas plus qu'à son propre bonheur. L'inverse est plus difficile, croire à son propre bonheur, c'est s'exposer à de grandes déceptions. Mais marcher en aveugle, c'est peut-être ça qu'on n'arrive pas à faire. Ne dire ni oui, ni non. Vivre. Epuiser sa vie, la consumer, la boire jusqu'à la lie. Sans se demander si on s'empoisonne ou bien si on s'enivre. Je ne supporte pas la fadeur, je n'ai pas envie de devenir fade, résignée, habituée, bien dressée à accepter la misère d'une vie soutenue par des béquilles et lestées par mille fardeaux. C'est au-dessus de mes forces. Je veux vivre. Et ce mot n'implique pas pour moi des devoirs, des responsabilités, des horaires, un bon comportement. Non, ça implique de se jeter dans le gouffre du hasard. D'assumer de ne pas être parfait. De ne pas chercher à être ce qu'on n'est pas. D'habiter son corps jusque dans les moindres extrémités. De pleurer et de rire avec sincérité. Il n'y a aucune règle, aucune loi, aucun schéma de vie. Il n'y a que ce qu'on en dit, et ce qu'on en fait. Je l'avais oublié. Comment ai-je pu ? Mais j'ai oublié. J'ai culpabilisé. Je me suis morfondue. J'ai essayé d'être plus correcte. J'en ai plus qu'assez de cela. Je dirais que s'il y a un grand mal à notre époque, c'est la culpabilité. On peut choisir le genre de vie qu'on veut, en théorie. En vrai, on aspire tous à des standards. J'en ai plus qu'assez de réduire mes ambitions à un schéma de société. Je veux devenir ce que je suis.
Se dresse devant moi Je me dois de la gravir Atteindre mon but Toucher le ciel ...Ce Ciel!
Mon premier pas est lourd Il écrase une marche Mon second essaye de faire oublier le premier Ce long escalier qui me jauge a l'air complice avec le ciel et l'infini
Marche après marche, je monte cet enfer Le vent glacial cisaille ma peau et viole mon antre Que vais-je trouver en haut? L'amour, la force la vaillance Ou peut-être l'espoir, la haine Peu importe je dois monter Je dois monter
J'aperçois un aigle Il grave son nom dans les nuages Il a l'air libre Je veux l'atteindre Je dois l'atteindre
Les gouttes de sueur qui perlent sur mon front Me rappellent que je ne suis qu'un tas d'os Un tas d'os & d'eau
Je ne peux plus me reposer Je ne dois plus m'arreter Si je veux trouver la paix Je dois monter
Cent jours ont passé Je suis enfin au sommet Ici tout est plus clair Tout est plus beau Je surplombe les nuages Et les anges...
Rien ni personne ne m'y attendait Ou peut-être, le repos Je m'assieds doucement Mes chevilles craquent, Je tombe Mes yeux se ferment, la fatigue
A présent, je me sens mourir Et je sais pourquoi je suis venu Jusqu'ici »
Ça monte en moi comme la marée. Violent et doux à la fois, c'est un arrachement silencieux du sol et de mes amarres, qui se situent entre mes côtes. Le coeur qui s'accélère, un vertige qui traverse la tête. Les pulsations de la musique qui tapent dans ma poitrine. La musique est comparable à un souvenir. Quand on l'écoute, la nostalgie survient parfois, inattendue car le morceau n'est lié à aucun souvenir, sinon peut-être un souvenir de soi. Ça résonne dans la nuit qui s'est agrandie, ce temple où tant de profanes ont déposé leurs larmes et leurs insomnies. Je monte, je monte avec les sons, avec la litanie. Comment se finit cette chanson ? Est-ce l'histoire d'un suicide ou d'une révélation ? Je dois monter... Je dois monter... Je ne sais pourquoi ça me bouleverse. Je dois l'atteindre... Peut-être parce que je ne cesse de chuter moi ici, de chuter en voulant me perdre dans le ciel. Parce que je ne cesse de confondre la vie et la mort. La joie et la douleur. Parce que je ne cesse de gravir des montagnes pour atteindre mon but, toucher le ciel... Jusqu'à ce que je me sente mourir... Et je sais alors pourquoi je suis ici. Si la fin est de mourir, laissez-moi mourir à ma manière. Laissez-moi consumer ma vie, au moins elle est feu, plutôt que cendres. Ce qu'on m'a montré de la vie ne me donne pas envie de la vivre. Seuls comptent les déserts, les forêts, les pensées absurdes, les idées folles, les trous dans le temps, les galaxies, les trous noirs, les étoiles lointaines, les battements de coeur, le désir si violent qu'on désirerait qu'il cesse ; seuls comptent les causes perdues, les rêves inaboutis, l'extase, la joie, la joie par-dessus tout, et non le bonheur, la joie, car elle est source de toute vie, elle est début et fin, et non perpétuelle continuité. Elle est l'éphémère, l'éclat, le jaillissement, la désespérance. J'aime la vie, mais pas la vie qui est faite de survie et de conformité à ce qu'on attend de nous. Survivre, mais à quoi bon ? Plutôt mourir à petits feux des suites du poison. Je suis redevenue adolescente. Non, la vie ne m'intéresse pas. Pas cette vie-là. Dans me rébellion d'adolescente, je voudrais dire : vous pouvez-vous vous la carrer où je pense, cette vie. Même si je l'accepterai histoire d'avoir le droit de vivre en parallèle ma folie. A moins que je n'en sois pas capable toute ma vie. Je n'en sais rien. Mais demandez-vous, posez-vous ce dilemme d'Antigone : doit-on dire oui ? Sachant qu'on a le pouvoir de dire non ? Nous avons toujours le choix, entre la vie et la mort. Personne ne s'en souvient aujourd'hui, où la mort est devenue notre pire ennemie. Personne ne se demande pourquoi vivre, qui est une question bien plus importante que pourquoi mourir. « ANTIGONE :Vous me dégoûtez tous avec votre bonheur ! Avec votre vie qu'il faut aimer coûte que coûte. On dirait des chiens qui lèchent tout ce qu'ils trouvent. Et cette petite chance pour tous les jours, si on n'est pas trop exigeant. Moi, je veux tout, tout de suite , - et que ce soit entier – ou alors je refuse ! Je ne veux pas être modeste, moi, et me contenter d'un petit morceau si j'ai été bien sage. Je veux être sûre de tout aujourd'hui et que cela soit aussi beau que quand j'étais petite – ou mourir. CREON : Allez, commence, commence, comme ton père ! ANTIGONE : Comme mon père, oui ! Nous sommes de ceux qui posent les questions jusqu'au bout. Jusqu'à ce qu'il ne reste vraiment plus la petite chance d'espoir vivante, la plus petite chance d'espoir à étrangler. Nous sommes de ceux qui lui sautent dessus quand ils le rencontrent, votre espoir, votre cher espoir, votre sale espoir ! » [Jean Anouilh]
Les jours qui se succèdent. Les musiques qui tournent en boucle. Les nuits qui se répètent, sombres, dévoreuses. Les vies qui défilent, laides et mutilées. Les moments de lumière. Et puis la lassitude. Lassitude de devoir expliquer, de devoir dire, de montrer, de décrire. Lassitude d'être esseulé ballotté par un courant de fond qui menace sans cesse de faire céder tous les barrages. Et puis, au fond, rien, sinon un vague refus. Je n'ai pas signé pour ça, ce n'est pas ce que je voulais. Comme si quelqu'un se souciait de ce qu'on voulait. Le chemin, les batailles à gagner seul. J'ai l'impression que je pars avec trois fois rien et un avenir tout sauf prometteur. Je regarde autour de moi et ça ne me plaît pas. Je n'y vois que mort et désolation. Ce qui m'aide à tenir parfois c'est la rage qui ressurgit à un moment opportun, vitale et sauvage, qui me redonne le goût de vivre juste pour prouver au monde entier qu'il ne me tuera pas. Et puis c'est la beauté, rare ou abondante selon les jours. Et il me reste moi, et cette philosophie est d'un bien plus grand secours pour moi que les philosophies de l'annihilation du moi, bien qu'il soit possible que ce ne soit pas la meilleure voie pour le bonheur. Que puis-je dire ? Je suis seule avec mes armes dans un monde immense peuplé d'aveugles et de sourds. Je suis seule dans un mur qui m'entoure, et chaque jour n'est qu'une autre brique qui agrandit le mur.
Voilà, je suis rentrée hier du festival de l'enfer, et autant dire que cette année, c'était très rock'n'roll, du point de vue musical et du point de vue du vécu. Beaucoup de hard rock et de groupes de papys qui nous ont prouvé qu'ils avaient encore la pêche (UDO, Saxon, Anvil, Alice Cooper, Kiss...). C'était un festival où j'ai été curieuse, et du coup, pas mal de découvertes et de surprises à la clé. J'ai également découvert que je suis définitivement très dark, et je vais vous expliquer pourquoi. Personne n'avait d'appareil photo, aussi je vous prouve maintenant ma darkitude : 1. J'ai découvert que j'aimais le death. Dimanche soir, scandale universel : Nile passait en même temps que Motorhead. Le Hellfest a donc du se diviser en deux camps, ceux qui vont voir "Lemmy" avec ses grosses guitares, sa grosse voix et sa grosse bite (ce type m'agace quelque peu) et ceux qui vont voir le groupe de death brutal inspiré par la mythologie égyptienne. Je ne connaissais pas Nile, et j'ai plutôt adhéré. Une voix qui semble remonter des profondeurs de la terre, un côté mystique et inquiétant qui m'a bien plu. une vidéo de Nile (y en a pas de correctes du Hellfest) :
J'ai également beaucoup aimé Asphyx, groupe de death néerlandais bien léché et puissant :
2. Quand je suis en concert, j'aime me blottir sous la capuche de mon sweat MetalCamp. Quand j'enlève ma capuche, c'est que je suis décoiffée par le concert, que la musique est si bien que ça mérite de bouger la tête dans tous les sens. Deux concerts seulement m'ont fait enlever ma capuche :
Pour les voir, j'ai du braver une foule de plusieurs dizaines de milliers de personnes, car comme je suis grave underground, je n'ai assisté qu'au début du concert de Alice Cooper. ça m'a déçue, c'était trop froid, théâtral, on savait même pas s'il était contente d'être là, et j'ai trouvé ça un peu mou du genou. C'est donc sans regret que je me suis extrait de la foule pour rejoindre les goths qui écoutaient Fields of the Nephilim. C'était juste énorme. Je pouvais sentir la voix du chanteur dans mon ventre. C'était puissant, planant, sombre, classe, aérien. Une vidéo plus propre pour écouter la musique :
Et l'autre, c'était Tamtrum, une énergie incroyable, un jeu de scène complètement déjanté collant complètement à la décadence malsaine de leur dernier album Fuck you I'm drunk/Stronger than cats :) Du grand n'importe quoi, mais une musique toujours aussi efficace. Pas de bonnes vidéos live du Hellfest, je vous mets donc un autre live pour vous faire une idée de ce que ça donne en concert :
J'ai failli enlevé ma capuche sur : -Black Cobra : c'est très méchant, on dirait que le batteur va casser sa batterie, il y a juste deux mecs sur scène et ça dégage une haine brutale et ça envoie sacrément en live. Une vidéo studio pour découvrir la musique :
-Sabaton : power metal suédois, ils avaient une pêche d'enfer, c'était joyeux, ça donnait envie de sauter partout, vraiment une super découverte :
une vidéo plus propre :
3. J'aime pas les mainstage. Bien souvent, le son est mauvais, on a du mal à voir quoique ce soit, et cette année avec 65 000 personnes, le festival était tout simplement bondé. Je suis même pas restée 10 minutes au concert d'Eluveitie (pagan). Je voulais du black :) Et quand il y en a eu, Immortal, l'un des concerts que j'attendais le plus, j'ai été un peu déçue : mauvais son, j'arrivais à peine à reconnaître les chansons, et puis, je sais pas, ça manquait de quelque chose (ou alors, j'étais de mauvaise humeur. Cela dit ce sont de petits rigolos qui aiment faire des grimaces, et le maquillage quand même... on dirait Kiss, quoi :)
Deux découvertes live bien sympa : -Negura Bunget, que je connaissais un petit peu. C'est un black hypnotique, avec des instruments traditionnels, qui change largement de ce qu'on a l'habitude d'entendre. C'était un beau concert, surprenant, simple, loin des singeries de certains groupes de black. Voilà une chanson assez représentative :
-Brant Bjork and the Bros : j'étais très fatiguée, alors je me suis allongée pour écouter, j'ai fermé les yeux, et me suis balladé en Californie au son d'une guitare psychédélique. Vraiment chouette.
Sinon, il fallait quand même que vous voyiez ça, c'était pas mal représentatif de l'état d'esprit rock'n'roll qui régnait sur le festival :
Malgré mon côté dark, je suis redevenue une gamine dimanche soir. J'ai vécu un très grand moment de rock, et assisté à un show véritablement spectaculaire. Je me suis retrouvé à sourire bêtement et à gigoter malgré le fait que je tremblais littéralement de fatigue. Qu'est-ce que c'était ? KISS, bien sûr ! Je vous laisse avoir un aperçu de la performance extraordinaire à laquelle nous avons assisté : L'entrée en scène :
Je suis fan du bassiste :
Ils savent se faire aimer et acclamer... Une chanson culte avec une mise en scène incroyable.
Une ancienne vidéo de qualité pour un hymne auquel vous adhérerez tous, je crois :)
"Rentrez en vous-même. Cherchez la raison qui, au fond, vous commande d'écrire ; examinez si elle déploie ses racines jusqu'au lieu le plus profond de votre coeur; reconnaissez-le face à vous-même : vous faudrait-il mourir s'il vous était interdit d'écrire ? Ceci surtout : demandez-vous à l'heure la plus silencieuse de votre nuit : dois-je écrire ? Creusez en vous-même vers une réponse profonde. Et si cette réponse devait être affirmative, s'il vous est permis d'aller à la rencontre de cette question sérieuse avec un fort et simple "je dois", alors construisez votre vie selon cette nécessité; votre vie, jusqu'à son heure la plus indifférente, la plus infime, doit se faire signe et témoignage de cette poussée." Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète.