lundi 7 février 2011

Hells bells - fragments/premier jet



La cloche, lourde et funèbre, appelle dans le lointain. Chaque fois que j'entends sa mélopée, une seule note vaste et et grave comme un regard qui aurait contemplé la mort, quelque chose grimpe dans mon estomac et s'y roule en boule, me donnant l'impression que la gravité exerce une force plus intense que d'habitude. Elle appelle. Hypnotique, elle sonne, assemblant dans cette unique note qui ne cesse de s'amplifier la crainte, l'inéluctable. On ne peut que baisser les yeux en écoutant un tel son.
Et puis la musique surgit de l'obscurité. Comme invoquée par cette note solitaire, elle éclot doucement. J'en ai la chair de poule, à la sentir ainsi déferler aussi doucement, lentement, qu'une pluie d'été. Elle me glace de la même façon, soulevant des vapeurs en s'insinuant dans la chaleur environnante. Et travers l'écran aquatique je vois des routes se dérouler sans jamais finir, des routes que nous avons tous arpentées, des routes aussi usées que mes vieilles chaussures, vainement tracées dans le désert de nos espérances.
C'est pourquoi j'écoute toujours ce morceau en démarrant.
One more time, hitting the road...




La vie est un rêve dont on se réveille pour de brefs moments de lucidité. Maintenant est l'un de ces moments. Au volant de ma vieille Chevrolet, traversant le Colorado à tombeaux ouverts. J'aime bien cette image : après tout, qu'y a-t-il au bout d'une route, sinon un tombeau ouvert ?
Sur la route j'enchaîne les vieux morceaux, rutilants, énergiques comme s'ils étaient joués juste pour moi, maintenant, dans l'habitacle enfumé de mon véhicule. J'écoute toujours les versions live. J'ai l'impression de traverser un livre d'histoire un peu particulier. Des vies traversent ces morceaux, des souvenirs, et quand les voix s'entremêlent et reprennent ensemble les paroles, je crois écouter une ancienne messe païenne où, à travers nos différences, nos haines et nos mépris, nous aurions trouvé une voix commune pour chanter notre douleur, la chienne de douleur qui mord les tripes, et une voix commune pour chanter le désir désespéré et désespérant de vivre. Et une voix pour chanter la peur primitive que l'âge adulte n'a jamais tout à fait effacé. Une voix pour dire que nous avons toujours peur du noir...



Et puis, le live a cette qualité inimitable, dans l'improvisation, l'absence de corrections, le son brut qui sort sans lissage, sans modifications. Il y a cette humanité, cette chaleur, cette pureté qu'on ne retrouve jamais sur les enregistrements. La chanson commence à devenir vivante, tangible, surtout quand tant de gens l'écoutent ensemble. Elle prend forme et corps, et elle prend le pouvoir de posséder tous ceux qui la font exister, musiciens comme auditeurs. Une alchimie se produit, une réaction imprévue qui tout à coup vous enlève de vous-mêmes et vous projette de plein fouet dans la texture de la musique, où se cristallisent les paroles trop longtemps échouées dans notre silence.
Le morceau suivant enchaîne, alors qu'au dehors le paysage ne change pas, magnifiquement désertique, étendu sous mes yeux avec ces drôles d'amas rocheux exhibant leurs formes déformées, comme des vieillards portant fièrement leurs corps érodé par le temps. Je me sens moi-même érodée, usée, secouée et jetée, à peine rescapée, à peine survivante. Que me reste-t-il ? Des grains de poussières et des miettes de tabac, et la trace aride d'une larme sur ma joue.
La route se fait hypnotique, les bandes jaunes se répètent inlassablement en ressurgissant rythmiquement. Alien Sex Fiend jette un voile nauséeux tout autour de moi, assombrissant le monde et m'immergeant dans un drôle de rêve mécanique. Le moteur ronfle alors que je passe les vitesses, filant sur le trait rectiligne qui relie l'éternité d'un bout à l'autre.

Premier souvenir. Ce bar dans le Minnesota, qui passait de vieux tubes de hard rock dans une atmosphère embrouillée, saturée de paroles inaudibles, de vapeurs d'alcool et de fumée de cigarettes. J'avais chaud, j'étais bien, je buvais une bière brune qui me remplissait l'estomac mieux que n'importe quel repas concocté à base de boeuf ou de poulet industriels. C'est ce soir-là que j'ai entendu la cloche pour la première fois. En pleine discussion avec un ami du coin, nous nous demandions pourquoi nous étions né nous-mêmes, pourquoi occupions-nous ce corps et cette conscience en particulier. Quelque chose du goût « pourquoi plutôt quelque chose plutôt que rien » préoccupait notre débat rendu quelque peu vaseux par la pesanteur euphorisante de la brune. Et puis le son a traversé l'écran sonore, et s'est dévoilé dans un parfait silence, comme si quelqu'un avait coupé le son. Je suis restée hébétée quelques secondes, et puis j'ai cru à une hallucination, et j'ai repris le cours normal de ma conversation. Mais le son était imprimé en moi, et il continuait de résonner à l'intérieur de mon crâne, me répétant inlassablement un message que je ne parvenais pas à décrypter.

Deuxième souvenir. Je suis quelque part dans l'Oregon, assise sur le capot de ma voiture. Les étoiles scintillent au-dessus de ma tête, incisives, acérées, des étoiles comme je n'en ai jamais vu de ma vie. Il faut être au coeur des montagnes, dans une région dénuée de tout éclairage électrique, pour les voir comme je les ai vues, clignotant comme des yeux rêveurs, éparpillées par centaines dans le noir total. Et soudain, dans la pureté de la nuit, la cloche a sonné. Cette fois-ci, ça m'a glacé les veines. J'étais là, tenant une cannette de bière dans ma main gauche, et une cigarette roulée dans la droite, la tête levée vers le panorama nocturne, quand le son m'a frappée comme l'onde d'une explosion.

Sur ma voiture, en vieille fan radoteuse, j'ai vissé une plaque où il est écrit en majuscules : Highway to hell. Je me suis toujours sentie appelée vers quelque chose. J'en suis venue à penser que ce quelque chose était une sorte d'enfer. Pas celui avec les démons armés de piques pour pousser les misérables humains dans le feu de la pénitence, non. Un enfer qui n'est ni froid, ni chaud. Un lieu perdu tout au fond de nous-mêmes, où ne se consument que nos souvenirs, des parties de nous dévorées par l'oubli et le néant. Un enfer où ma vie s'écrit elle aussi en majuscules. Un enfer peuplé de fantômes de moi-même, d'images jaunies de mes proches, d'ambitions avortées, de regrets mal assumés. Un enfer fait de tout ce que nous aurions pu être.



Troisième souvenir. En entrant dans le désert du Colorado, la cloche m'a à nouveau frappée. Ce son insistant, clair comme l'aurore, vibrait dans mes intestins comme une basse électrique. Ses pulsations lentes et lourdes creusaient à l'intérieur de moi, me fouillant la tête et les tripes. Elle était là pour m'annoncer quelque chose, ou bien pour me remémorer quelque chose, c'est difficile de savoir, et est-ce qu'au final, ça ne revient pas au même ?
La cloche sonnait, sonnait. La cloche m'appelait. Sans brutalité, sans hâte. Lente et sourde comme la voix de Dieu.
Ce soir-là, je suis rentrée dans ma voiture un peu trop vite, j'ai démarré en faisant déraper les pneus, et je me suis alignée sur le bitume et son tracé parfait, sans détours, sas bifurcations. J'étais appelée, sonnée, hallucinée. Le temps ne m'appartenait plus, pas plus que la route où ma voiture, machine indépendante de mon corps qui se ruait vers la prochaine destination, plus près de l'appel.



Au bord de l'abîme, ce moment arrive parfois. C'est la dernière fois que la cloche a sonné. J'étais quelque part en Arizona, quand soudain le ciel s'est ouvert en deux. Je pouvais y voir le néant pur danser sous ms yeux. Je n'avais pas froid, j'avais même plutôt chaud, bien nourrie de bière qui me voilait légèrement l'esprit. Le ciel se mouvait comme s'il était composé de voiles qui tombaient successivement. The insight and the catharsis... Les deux étaient là. La lucidité qu'on a en se réveillant d'un drôle de rêve, et le plaisir presque abject de l'évacuer comme un orgasme soulage le corps tendu.



Puis la descente. La sublimité m'écrasait. Je titubais sous les étoiles, ivre dans tous les sens du terme. Quelque chose me sortait de la gorge. Je n'ai réalisé qu'un moment plus tard qu'il s'agissait d'un cri, rauque et douloureux comme le cri d'un nouveau né, le genre de cri qui fait crisser les cordes vocales. Etais-je en perdition, ou bien était-ce le monde qui mourait devant moi ? Je tanguais au beau milieu du désert, assistée par l'assemblée désapprobatrice des cactus dressés comme des symboles d'une idée oubliée depuis bien longtemps. Je suis moi, mais mon identité ne signifie rien dans la vie anonyme de l'univers qui s'étend, s'éteint, se dévore, s'allume, puis s'oublie. Quelle étrangeté ! Je suis née pour m'apercevoir de mon insignifiance à laquelle je m'accroche pourtant. Et après ? Pourquoi être déchiré en deux ? Et surtout, pourquoi le désirer ?


Peut-être viendra-t-il un moment où je comprendrai ce que j'ai fait et pourquoi je l'ai fait. Peut-être aurai-je alors des regrets. Mais dans ce moment de lucidité, éveillée dans ma Chevrolet qui file sur la route comme si elle ne devait jamais s'arrêter, je suis incapable de voir autrement. De changer de perspective. Je suis abandonnée à la nuit, qui m'enlève et me détériore à son gré, transportée par des vents qui ne viennent pas du ciel. Je suis bel et bien sur une autoroute pour l'enfer. J'y file droit, sans scrupules. J'y file droit sans même comprendre pourquoi j'y vais. Je ne peux comprendre pourquoi je suis si perdue, pourquoi la cloche ne cesse de résonner dans ma tête, pourquoi je suis son appel sans jamais douter. Je suis sur la route. Et je ne planifie jamais mes voyages.

Le compte à rebours bat dans mes tempes, scandant un rythme affolant, effrayant. J'y suis. J'avance. J'ai peur. Je suis jeune et comme la plupart des jeunes, je ne pense guère à affronter ma propre mort. Du moins, pas comme j'y penserai dans vingt ans, quand j'en serai beaucoup plus proche, quand les années ne se compteront plus en dizaines. Alors non, je n'y pense pas comme si c'était demain. Mais j'y pense chaque jour, chaque fois que j'ouvre une cannette de bière, chaque fois que j'allume une cigarette. Mais je n'y arrive pas. Je n'arrive pas à arrêter. A voir la fin de la route. A comprendre. Et y arriverai-je mieux quand les chiens de l'enfer me mordront les mollets ? Quand je n'aurai plus d'autre choix que de passer cet horrible moment ? Je ne sais pas. Que voulez-vous, je ne sais pas. Je vis, irresponsable, cruelle, dans la lune, sans parvenir à me dire « il faut ». Je deviens, sans laisser de traces. Je suis ma trajectoire d'étoile filante.

mardi 28 décembre 2010

Morceaux choisis

Travailler de six heures du matin, à jeun, à midi. Travailler en aveugle, sans but, comme un fou. Nous verrons le résultat.
Je suppose que j'attache ma destinée à un travail non interrompu de plusieurs heures.
Tout est réparable. Il est encore temps. Qui sait même si des plaisirs nouveaux... ?
Gloire, payement de mes dettes.
Je n'ai pas encore connu le plaisir d'un plan réalisé.
Puissance de l'idée fixe, puissance de l'espérance.
L'habitude d'accomplir le devoir chasse la peur.
Il faut vouloir rêver et savoir rêver. Évocation de l'inspiration. Art magique. Se mettre tout de suite à écrire. Je raisonne trop.
Travail immédiat, même mauvais, vaut mieux que la rêverie.
Une suite de petites volontés fait un gros résultat.
Tout recul de la volonté est une parcelle de substance perdue. Combien donc l'hésitation est prodigue ! Et qu'on juge de l'immensité de l'effort final nécessaire pour réparer tant de pertes !

A chaque minute nous sommes écrasés par l'idée et la sensation du temps. Et il n'y a que deux moyens pour échapper à ce cauchemar, pour l'oublier : le plaisir et le travail. Le plaisir nous use. Le travail nous fortifie. Choisissons.
Plus nous nous servons d'un de ces moyens, plus l'autre nous inspire de répugnance.
On ne peut oublier le temps qu'en s'en servant.
Tout ne se fait que peu à peu.

Plus on veut, mieux on veut.
Plus on travaille, mieux on travaille et plus on veut travailler.
Plus on produit, plus on devient fécond.
Après une débauche, on se sent toujours plus seul, plus abandonné.
Au moral comme au physique, j'ai toujours eu la sensation du gouffre, non seulement du gouffre du sommeil, mais du gouffre de l'action, du rêve, du souvenir, du désir, du regret, du remords, du beau, du nombre, etc.
J'ai cultivé mon hystérie avec jouissance et terreur. Maintenant, j'ai toujours le vertige, et aujourd'hui, 23 janvier 1862, j'ai subi un singulier avertissement, j'ai senti passer sur moi le vent de l'aile de l'imbécillité.

***
J'ai cru me lire...

mardi 21 décembre 2010

Bientôt arrivée

Tout va toujours au ralenti, jusqu'à ce que je m'aperçoive que tout est déjà fini, que les dates butoirs buttent pour de vrai. La nuit continue d'être omniprésente, même le jour où elle se manifeste par un brouillard impénétrable. Je me sens un peu comme un coureur de marathon en fin de course, sauf que c'est mon cerveau qui se sent comme ça. C'est le moment, je suppose, de sortir l'effort final, dépasser ses limites, etc. Quand je ne sais plus quoi faire de moi, je passe un bon bout de temps dans la salle de bain. Comme ça, si le cerveau est en bordel, ça ne se voit pas sur moi (mais dans mon appartement, si). On se dit que ça ne va jamais finir, et ça finit trop vite. Chaque fois c'est cris et panique et alarmes, et puis ça s'éteint et je ne vois pas que j'arrive inéluctablement à la ligne d'arrivée, je continue à compter sur la distance qui m'en sépare.
Lassitude, oui, je crois que c'est ça. Et pourtant, j'adore ce que je fais (enfin, un peu moins recopier des citations et insérer d'innombrables notes de bas de pages). Mais bon, il y a toujours des étapes comme celles-ci dans la vie. Si un jour je publie des romans, ce sera pareil. Aujourd'hui, je suis tout de même nettement plus sereine, ne me fixant qu'une seule obligation : faire de mon mieux. C'est déjà pas mal.
Je me sens un peu embrouillée parce que j'ai envie de repartir, j'ai envie d'attaquer d'autres choses, mais, mais, il faut d'abord finir. Ça doit être pour ça que j'ai tant de choses inachevées : parce que l'étape finale, quand on est fatigué, c'est la plus difficile. Et bien, je vous dis un truc, que ce soit pour mon mémoire ou pour mon roman, cette fois, je vais finir.

vendredi 5 novembre 2010

A mon tour !

Voilà, je pique le questionnaire de Kalys qui l'a elle-même piqué sur un autre blog.
A vous ! :)

Musicien que vous admirez le plus : Ben je suppose que c'est Mustis, l'ancien claviériste de Dimmu Borgir, car il a énormément apporté à ce groupe. C'est une personne toujours discrète, qui a beaucoup de classe, et j'espère qu'il aura une belle carrière solo. Sinon, c'est le violoniste de Ashram, qui m'a coupé le souffle en live.
Auteur que vous admirez le plus : Hum... Difficile à dire. Je pense que c'est Baudelaire, en tant que remarquable témoin de son époque, et en tant que visionnaire, et bien sûr en tant que poète. Sans arrêt, je me réfère à lui dans ma manière de penser la littérature et l'écriture, alors...

Groupe ou artiste ayant le plus compté pendant votre adolescence (5 max) : Mylène Farmer, My Ruin, Marilyn Manson, Saez, Korn

Ecrivains... Poppy Z. Brite, Alessandro Baricco, Anaïs Nin, Jean Anouilh, Anne Rice

Styles / Genres favoris : black metal, bandes originales de film, musiques symphoniques en général, musiques folkloriques ; épouvante, fantastique, heroic fantasy

Un album, un livre : Puritanical Euphoric Misanthropia, de Dimmu Borgir, Tropique du Cancer, Henry Miller.

Une chanson, une nouvelle : Enlightment, de Totalselfhatred, Regarde vers l'Ouest, de Lionel Davoust.

Une œuvre classique : le Requiem de Mozart, la 5ème symphonie de Beethoven, les nocturnes de Chopin, les Quatre saisons de Vivaldi. Andromaque de Racine, A Rebours de Huysmans, Zola pour l'ensemble de ses descriptions de paysages et choses à manger :), Voyage au bout de la nuit de Céline, Les Fleurs du Mal, les nouvelles de Poe et de Hawthorne.

Groupes ou artistes, écrivains, vous ayant le plus marqué dans votre vie, par ordre d'apparition, 15 max :
Mylène Farmer, Jean Ferrat, Nougaro, Noir Désir, Marilyn Manson, Dimmu Borgir, Nine Inch Nails, Anathema, The Old Dead Tree, Corvus Corax, Hans Zimmer, Howard Shore
Lewis Caroll, Baudelaire, Baricco, Céline, Henry Miller, Clive Barker, Stephen King, Sire Cédric, Michael Moorcock, David Gemmell, Huysmans, Giono, Anouilh, Racine, Le Guilloux, Castaneda

L'artiste qui vous a le plus fasciné en live : Je pense que c'est Corvus Corax. Une présence extraordinaire, et l'impression de participer à une bacchanale... Rarement ressenti une telle euphorie. Je me souviens que côté fascination, le concert de Queen Adreena, c'était quelque chose. Et Punish Yourself aussi.
En live, oui, moi aussi, j'ai été fascinée par Sire Cédric :D

Plaisirs coupables... Elvis Presley (je sais qu'on dit que c'est le King tout ça mais pour moi ça reste de la pop), Pascal Obispo et David Hallyday (ahah, ça, au moins, je suis sure que certains l'ignoraient !) Et puis tout ce qui est années 80, enfin en bref, tout ce qui me permet de chanter en conduisant ou en faisant le ménage. En bouquins, hum je vois pas trop, j'ai honte de rien je crois :)

Jouez-vous, ou avez-vous joué d'un instrument : pas du tout, je n'ai pas d'oreille et pas le sens du rythme, je suis bonne à rien, et je le sais, car je me suis essayé au clavier.

Ce que vous préférez en musique et en littérature : en musique, c'est la puissance. Le fait que ce soit grandiose, que je me sente sortie de moi-même, en transe.
En littérature, c'est que je me prenne une révélation dans la figure par la beauté du texte et ce qu'il arrive à exprimer (réussir à vraiment dire quelque chose d'important avec des mots, c'est toujours pour moi un tour de force).

Par quel biais découvrez-vous de nouveaux artistes et écrivains : par des magazines : D-Side, Metallian, également Youtube, Lastfm, et les amis :) Egalement pendant les festivals, où je découvre de plus en plus de très bonnes choses.

Lisez-vous la presse musicale / littéraire : musicale seulement.

Combien de temps passez-vous à écouter de la musique et à lire : difficile à estimer. Vu que je suis étudiante en Lettres, la lecture ça doit être pas loin des 6h par jour. La musique, souvent je l'écoute quand je bosse, et j'en écoute somme toute pas mal. Donc disons 8h par jour :) (non, je regarde la télé en bossant aussi, alors ça dépend des jours)

Musicien / écrivain respecté que vous n'avez jamais supporté : Brassens !! Pom-popom-popom,
Pom-popom-popom, Pom-popom-popom
Dickens ! Chiant à mourir.

Styles musicaux que vous détestez le plus : ragga, reggea, rnb, hardcore, trash metal. En littérature, je suis perplexe quand on me parte d'autobiographies et de bit-lit, mais je déteste pas non plus (d'ailleurs je lis une série de bit-lit, mais avant le mot existait pas)

Genre qui ne vous a jamais touché mais que vous ne méprisez pas pour autant : le jazz. En bouquins, vraiment, je lis un peu de tout...

Ce qui vous rebute le plus : eh bien... quand c'est moche. Quand c'est convenu, quand c'est trop expérimental/conceptuel. Valables pour la musique et la littérature.

Musiciens et écrivains que vous détestez viscéralement, 5 max : bah je m'aperçois que je ne sais pas trop quoi répondre. Détester viscéralement, ça m'arrive pas souvent. J'ai horreur de Lavoine, Laurent Voulzy, et toute cette vague de petits chanteurs à succès faciles, sans texte et sans musique. En littérature, je ne vois pas. Il y a des auteurs dont je me méfie. J'ai lu des extraits de Gavalda et Levy et trouvé ça carrément mal écrit.

Trois tubes / best-sellers que vous haïssez plus que tout : Libérer la libertad ou je sais pas trop quoi, Peps, je crois. Mais sinon je me souviens plus, j'écoute pas trop la radio et j'ai pas retenu les trucs qui m'agaçaient. Je lis pas des masses de best sellers, ou alors, je les aime bien.

Pour finir sur une note positive, vos trois grandes claques de l'année : le dernier album de Dimmu, Sisters of Mercy (redécouverte), Negura Bunget découverts en live au Hellfest (black atmosphérique à influences folkloriques roumain)
En bouquins, Duma Key de Stephen King, sinon pas vraiment de coup de coeur neuf cette année (je lis pas tant de romans que ça en ce moment)

vendredi 15 octobre 2010

Le blues de l'étudiante

Chaque année, c'est un constat en demi-teintes qui s'impose. Après l'enthousiasme de la rentrée, des débuts, revient ce sentiment de solitude et d'anonymat. Je suis toujours à la fac sans y être vraiment. Dans la semaine, j'ai un seul cours qui m'intéresse vraiment. On me demande d'aller à des séminaires qui se déroulent entre des spécialistes pour des spécialistes. Ce qui s'étudie à la fac ne sort pas de la fac (du moins pour les Lettres). J'aime les études, je suis passionnée de littérature, c'est pour ça que je m'acharne à aller au bout de mon cursus. Et je suis là, à dresser courageusement mes plannings, et j'ai l'impression d'être mon propre prof, j'ai l'impression d'avoir en charge tout ce que je fais. Non que ce soit déplaisant en soi, on n'a de comptes à rendre qu'à soi-même. J'attendais le retour de la fac pour retrouver un cadre. Mais pour autant, je ne serais pas prête à m'inscrire en assidu en anglais, histoire d'aller à la fac, d'avoir des heures de cours, de me faire des amis là-bas. Je ne sais plus trop ce que je veux, à vrai dire. Travailler ? Ce qui m'effraie dans le travail, c'est la routine totale, le fait d'y aller tous les jours, à telle heure, de ne pas avoir de place pour l'improvisation, pour décider de faire une chose plutôt qu'une autre. Alors j'essaie de profiter de ma condition d'étudiante, et dans l'ensemble ça roule, mais il y a des jours comme ça où on se sent au beau milieu d'un océan de projets, de choses commencées, de listes de livres à lire, et on se sent... désemparé. Un master, ce n'est QUE de l'investissement personnel. Et je trouve ça formateur aussi, ça apprend l'autodiscipline, dont j'ai besoin pour l'écriture. ça apprend à se faire confiance, à être autonome, assez régulier.
Et puis, bien sûr, avec tout ça je me suis mis beaucoup de pression, et tout à l'heure à la bibliothèque j'ai failli pleurer quand on m'a dit que mes bouquins avaient 10 jours de retard (ce qui signifie une interdiction de prêt de dix jours). J'ai peur, bien sûr, de ne pas réussir. De lâcher prise. J'ai peur que ce soit trop pour moi.
Je n'ai pas envie qu'on soit sur mon dos, je n'ai pas envie d'emplois du temps fixe, et c'est pour ça que je trouve mon compte dans ce que je fais. C'est juste que c'est pas facile tous les jours et des fois je me demande si je fais vraiment ce qu'il faut. Difficile d'avoir de l'auto-satisfaction, de cultiver l'auto-satisfaction, plutôt. Déjà, on est seul à être satisfait. J'essaie pour garder la motivation de me fixer des petits objectifs tous les jours. ça fonctionne assez bien.
J'espère que tout cela mènera à quelque chose. J'espère que je suis vraiment capable de faire ce à quoi je me suis engagée, j'espère que je ne me leurre pas sur moi-même. (double cursus, faire mon mémoire, faire de la traduction, continuer à écrire, et avoir quelques heures d'activité rémunérée...).
Enfin voilà, je vais continuer à mener ma barque et décomposer les grandes tâches difficiles en petites tâches faciles, en espérant que ça passe.

mardi 12 octobre 2010

Abrahadabra

Ecoute en direct du dernier Dimmu !

Xibir.

Une ouverture spectrale, j'ai l'impression d'entendre l'introduction d'un film d'horreur, avec cette musicalité, ces harmonies propres au groupe. Onirique.

Born Treacherous.

Une guitare assez agressive débute le deuxième morceau. On part en vitesse, avec un fond orchestral un rien grandiloquent pour ce qu'il y a devant. Il y a toujours ce côté incantatoire, urgent, démoniaque, messianique. Je reconnais des rythmes, des escaliers, des ralentissements, propres au groupe encore une fois. Ça s'affine. Ça s'organise. Une pause. On retombe dans le film d'horreur. Un sample, on dirait un prêtre qui récite quelque chose en latin. On reprend. C'est théâtral. Un bizarre chant clair se greffe. Atmosphère presque mystique. Là, les guitares recommencent à marteler. Il y a là-dedans un mélange hétéroclite plutôt surprenant. On ne sait plus trop où tendre l'oreille. Une superbe composition avec des instruments à corde qui ondoie en arrière plan. Une fin de morceau très très black.

Gateways.

On saute à l'autre morceau, avec un cadre très Spiritual Black Dimension, genre chute dans les abysses. Les guitares grincent comme le blizzard. On revient dans quelque chose de très baroque, je n'arrive pas encore à savoir si c'est bancal. Ça tressaute, ça s'envole, ça retombe, ça chevauche. Il y a une voix mi enfantine, mi féminine, qui s'élève bizarrement là où se déchaînait autrefois le superbe chant clair du bassiste (qui a été viré avec son confrère claviériste). Un petit solo de guitare pour la forme, rythmé martialement typiquement dans les harmonies du groupe. Et on repart dans cette tourmente musicale qui n'est pas sans m'évoquer les albums les plus bariolés d'Emperor. Et hop, on repart dans une structure très très épique. Un choeur féminin, chose jamais entendue encore chez Dimmu. Plutôt joli. Ça se calme, toutes les voix repartent, car il y a aussi des voix d'hommes. Jamais eu autant de chant chez Dimmu.

Chess With the Abyss.

Intro typique black metal. Des chants enchaînent, puis une ligne de voix de Shaggrath je dirais presque...joueuse. Là, il nous raconte quelque chose, il sort du pur chant black. Quelques expérimentations de guitares. On reprend le rythme, scandé par le choeur. Et on renvoit de l'orchestre, totalement grandiloquent et pourtant séduisant. On part dans un rêve de scientifique fou. Ou de sorcier ayant un peu trop consommé.

Dimmu Borgir.

Un rythme entraînant et une orchestration qui me fait penser à celle de Inactive Messiah sur leur album Be my Drug. On a là une chanson plus « posée », qui va plus dans un seul sens me semble-t-il. Ça a quelque chose de heavy aussi, très harangue au combat, genre hymne guerrier. Plutôt pas mal ! Assez surprenant là encore, Dimmu n'avait jamais rien fait d'aussi « lumineux ». Ah, et Shaggrath remet son rire diabolique, ça c'est bien sympa !

Ritualist.

Ah, ça commence par du vent. So norwegian ! Et là, surprise, une guitare accoustique. Un fond black, plutôt atmosphérique, se développe derrière. Changement de rythme, bouffées glaciales d'instruments à corde. Il y a un côté presque fantaisie, presque Alice au Pays des Merveilles, dans le son explosif, diversifié, rempli d'arabesques inattendues. Ça bouge dans tous les sens. C'est du pur Dimmu Borgir, et en même temps, on dirait qu'ils ont pris le meilleur de Cradle of Filth et ajouté une sensibilité à la magie et aux sortilèges des contes... Le chant clair du bassiste est remplacé par un autre chant pas forcément très beau, mais toujours dans des passages très narratifs. La question est : ne risquons-nous pas de nous y perdre ? Superbe accélération aux guitares électriques pour reprendre le fil de l'histoire. Oui, cet album est incroyablement narratif. Il est constitué de chapitres, de passages, de dialogues, de tirades, aussi bien instrumentales que vocales. Et il y a une certaine pureté non artificielle du son, amenée par la présence de vrais instruments, et ça, indéniablement ça s'entend, et c'est aussi ça qui donne cette qualité baroque.

The Demiurge Molecule.

Un rythme entêtant, redondant, s'installe au début de la chanson. Puis, quelque chose qui grince. Et le balancement revient, ce nouveau groove que le groupe a acquis avec Puratinical Euphoric Misanthropia et qui leur va si bien, quand ils n'en font pas un trash death du plus mauvais effet. Ici ça martèle, comme dans les meilleurs moments de l'album su-cité. Ça envoie pas mal, je dois dire. C'est aussi grandiose et dingue que Drudenhaus de Anorexia Nervosa, un bon son en plus. Je sens d'excellents headbangs en perspective ! Et là, hop ça s'arrête pour une percée d'instruments à vents qui surnagent tout à coup au-dessus de la musique, annonçant on ne sait quelle fin du monde. Et les choeurs, les guitares, l'orchestre, avancent ensemble derrière. On change de tonalité encore une fois, c'est plus intime, la voix se fait insinuante. Ça tressaute, j'ai l'impression d'être au milieu d'un spectacle de marionnettes qui aurait mal tourné, d'un cirque cosmique dont les portes s'ouvrent sur le vide (oui, Dimmu ça m'a toujours rendue poète).

A Jew Traced through Coal.

Un départ doux, comme la première scène d'un film d'horreur où l'on filme le lieu où tout va se jouer. Puis la chose se noue, encore très très black dans les rythmes et les riffs. C'est-à-dire, car il faudrait que je m'explique un peu : rapide, et puis c'est cette qualité de son inimitable, propre au black, là faut écouter pour savoir. C'est cette manière de jouer, à la fois lancinante et pressée, comme douloureuse. Au coeur du morceau il y a quelque chose d'extraordinaire, une orchestration qui rappelle The Serpentine Offering (et donc Star Wars selon certains). Mais c'est moins ample, c'est plus resserré, et très vite on change encore de tonalité, de rythme. Non, malgré tout il y a une certaine cohérence dans cette profusion. Je ne perds pas le fil mais suis emmenée dans toutes les directions. Je dois dire que c'est une expérience musicale.

Renewal.

Pour la prochaine, là encore on entre dans un truc très heavy, avec un solo de guitare plus heavy que black, le genre qu'on joue pour le plaisir d'entendre sa guitare, cela dit ça n'empêche pas qu'il soit chouette, ce solo. Et là encore, mélange des genres, on repart dans un méchant black pour le coup un peu moins mélodique. On est perpétuellement dérouté. La scène et les acteurs changent sans arrêt. Malgré tout, c'est efficace. Je me prends à remuer la tête. Là encore, je repense à Puritanical Euphoric Misanthropia (je le précise cette fois, l'un des meilleurs albums du groupe, aux côtés de Spiritual Black Dimension déjà évoqué).

Endings and continuations.

Avec un sample pour le moins louche (des bruits humides et quelque chose qui ressemble à une mastication), on entend encore ce chant profond, bas, qui fait penser au chant de Wardruna. Vous savez, ce chant un peu chamanique du genre « oooouaaaaaaaaaammmmmm » (c'est bien imité, hein). Et hop, après, un truc presque sautillant, enthousiaste comme une symphonie. Je viens d'apprendre que le bassiste de Therion était présent sur cet album, ce qui peut expliquer certains aspects musicaux. D'ailleurs je crois que c'est lui qui fait le chant clair sur ce morceau. Celui-là est bien maîtrisé, mais très inattendu dans un morceau de black metal. Là encore on a quelque chose de très hétéroclite, qui emprunte au folk, au heavy, au black, à la musique classique. Étonnant.

Gateways (orchestral)

On commence par des choeurs éthérés, on dirait presque une messe. Et là, ce que Dimmu fait de mieux éclate. C'est lumineux, déroutant, tragique et épique à la fois, une histoire dans une nuit très noire, avec des armes au clair qui brillent dans la lune. Mais les choeurs persistent, apportant une perspective biblique assez étrange. Ça se rapproche, en fait, d'un requiem. D'un opéra fantastique. D'une symphonie macabre. Ça s'élève, la tension monte. Vont-ils soutenir ce morceau jusqu'au bout, l'amener à son aboutissement ? Il continue de rouler, spectral. Il se reprend, respire, ou plutôt halète. Un épisode très doux, poignant, et toujours environné de fumées et de doutes. Ça valse dans l'air obscur. On dirait une musique de film. Ça s'effondre dans le murmure d'un rêve.

Perfect Strangers.


Et enfin, quelque chose que j'attendais : une reprise de Deep Purple. Sans commentaires, je vous laisse découvrir.


Bilan : sur le vif, album très surprenant qui effectivement marque une page dans l'histoire du groupe. Me manque un petit quelque chose cependant : la force de certaines lignes mélodiques qui ont tendance à ici se noyer. Les moments de suspension, la structure parfaite des morceaux de Spiritual Black Dimension, qui frôlaient la perfection parfois, même avec un simple clavier. La pureté mélodique, oui, c'est peut-être ça qui manque.
Cependant, un album qui porte bien son nom, et un bel album après la perte de deux musiciens très talentueux. Bonne surprise.

Deux morceaux :





Pour ceux que ça intéresse, références citées :







mardi 5 octobre 2010

Automne

En automne, ça sent la forêt dans toute la ville. Le ciel est bas et gris, mais ce ciel-là me raconte des histoires. Infailliblement, je pense à des histoires de chevaliers et de fées, je pense à des sorcières, je pense à du chocolat chaud et des goûters à la maison, je pense à des livres pas encore ouverts, à des promenades dans le parc dans des allées pleines de feuilles mortes. L'automne, c'est la saison des études, des secrets, et des histoires.


La nuit m'effraiera toujours. Quatre jours que la pluie tombe, brouillant l'horizon et les silhouettes. Tout est humide, du coup, il fait froid. Ce froid insidieux d'automne, plus néfaste que la froideur sèche et vive des mois de janvier ensoleillés. J'en ai profité pour regarder des films au chaud dans le lit, stores baissés. J'aime me cacher du monde entier.
Ce soir, j'ai allumé plus de lumières, et une petite bougie, rouge à travers sa fleur de verre, car la lumière enveloppe et rassure. Il fait trop froid sans lumière. Les journées passent, et je m'accroche, et je parviens à des résultats, mais je ne dois pas tant voir dans la durée. Tout peut s'arrêter du jour au lendemain. Il me faut une vision plus globale, moins axée sur la réalisation, même si c'est capital car malgré toutes les théories philosophiques, je vis quand même dans un temps linéaire. Enfin, d'une certaine façon en tout cas. Au plan social, au plan quotidien. Ce sont les autres plans qui peuvent m'aider à me détacher de cette compétition générale, de cette urgence du temps et de cette nécessité de faire ses preuves pour ne pas vivre une vie trop moche.
Ne jamais oublier l'essentiel. Sans quoi je me transformerai en zombie, comme tous les autres. Des zombies qu'un coup du sort réduit en poussière. Je ne veux pas laisser la vie m'avaler. Je préférerais plutôt la dévorer. La faire mienne. Non pas la contrôler, je ne le peux pas, pas dans l'absolu, mais... Le oui. La volonté de puissance nietzschéenne. Le oui inconditionnel. Car, il n'y pas de demi-mesure. C'est oui c'est non. Sinon c'est se condamner à la demi-vie.