mercredi 2 décembre 2009

I can't do all this on my own, I'm no superman...

(Titre à prendre avec légèreté et en chantant, c'est le générique de la série Scrubs ;)

Voilà, un peu de sincérité et d'honnêteté ne font pas de mal, et j'ai quelques trucs que j'ai envie de dire à propos de moi et de mon attitude, parce que les personnes qui me lisent sont mes amis. Voici donc, j'ai réfléchi hier soir, et je vous fais un copier-coller de ces fameuses réflexions :
Je suis comme Carla dans Scrubs : je passe mon temps à juger les autres pour me faire croire que je suis mieux qu'eux, et pour éviter de me juger moi-même. Je ne suis si pas si noble que je voudrais le faire croire, des fois je suis même vraiment pitoyable. J'ai essayé de faire croire à tout le monde que je n'avais pas de problèmes d'égo et des principes bien établis. J'ai des principes, mais ils ne sont pas si rigides que cela. Et c'est finalement une bonne chose, de reconnaître et d'accepter ce que l'on est. Si je ne l'ai jamais voulu, c'est par peur d'être médiocre, et qu'on me trouve médiocre. Je ne veux pas être comme tout le monde. Je veux être moi. Et je réalise que je le suis déjà, que tout le monde l'est. Je dois arrêter de me poser tout le temps en conflit avec la terre entière, avec moi, avec les gens que j'aime, avec les systèmes de pensée. L'esprit de contradiction est une forme d'imitation. Laurent Loty me l'a appris il y a quelques mois. Le conflit, c'est bien, mais quand c'est juste et que ça en vaut la peine. Concilier l'idéal avec le réel, ce n'est pas faire des compromis, mais ne pas figer les choses dans des cadres rigides. Je dois accepter cette mouvance, et m'en accommoder ; de plus j'accompagne le mouvement universel, et mon être même n'est que fluctuations rêveuses...
J'ai voulu être comme ça pour me différencier, notamment de Nathalie à qui je ressemble tant. Mais là où je vois l'impasse, je dois faire demi-tour.

Voilà, et j'espère que vous ça va. Je suis un peu dans ma coquille en ce moment, notamment parce que j'ai peur de perdre ma concentration sur les différents travaux que j'accomplis. Je me détourne un peu trop des autres, même des plus proches. Mais ça va pas me tuer de prendre une demi-heure pour envoyer des mails.
ça me réconforte, quand je trouve difficile de maintenir le cap, et quand je doute de moi-même et que j'ai peur de l'échec, de savoir que chacun de vous se bat aussi, et qu'on peut être solidaire et se comprendre.
J'ai peur des évaluations, normal, surtout quand j'y engage de moi-même. J'ai peur des deadlines qui m'obligent à me lancer. Et j'ai peur de ne pas avoir le temps, pour tout, de me laisser déborder. Car voyez-vous, je suis du genre à emprunter cinq bouquins sur un coup de tête, et m'apercevoir que je n'aurai pas le temps de tous les lire, et ça me contrarie. Toujours l'impression de manquer des choses. Dur de faire des choix.
Enfin voilà, mais sinon, ça va bien, j'ai juste l'impression d'être un peu secouée par la tempête qui passe sur le navire, mais on en a vu de bien plus dangereuses !

jeudi 19 novembre 2009

Journée d'étude




Aujourd'hui, j'ai assisté à l'intervention d'un traducteur qui a une ressemblance frappante avec Sméagol.

De plus, il est presque aussi petit qu'un hobbit. Et il a une manière curieuse de vous regarder, la tête penchée de côté, comme si son regard servait de point final, ou de point de suspension, à la phrase qu'il venait de dire.
Et surtout, en une heure, j'en ai appris plus sur Crime et Châtiment, de Dostoïveski, qu'en un l'espace d'un semestre. Ce traducteur a traduit l'intégrale de Dostoïveski, faut le faire.
ça a été un moment d'émerveillement, car ce type est amoureux des mots, il goûte la langue, il traduit le sens profond du livre plus que toute autre chose. Il ne lit pas une première fois le livre qu'il va traduire. Il le traduit au fur et à mesure, et quand il tombe sur des "trucs bizarres", il ne les touche pas, car c'est souvent là que réside le sens de l'oeuvre. Ainsi, il s'est aperçu que D. utilisait un mot unique pour l'adjectif "lourd", qui veut dire aussi d'autres choses en russe, et donc parfois se retrouve dans un contexte bizarre. Idem pour le mot "puanteur", qui peut vouloir dire souffle ou esprit, et le mot marcher, qui peut vouloir dire une action, une décision. Et c'est l'emploi répété que D. fait de chacun de ces mots, en les utilisant plutôt qu'un autre, qui aurait été plus précis, qu'il donne son sens à l'oeuvre. Fascinante exégèse, je vous conseille plus que jamais de lire ce roman, déjà troublant, mais malheureusement je n'avais pas lu la traduction de Markowicz.

Et cette après-midi, nous avons débattu de ce que devenait la subjectivité dans la lecture dite experte, un sujet passionnant qui m'a donné quelques idées pour l'asso et nos critiques de textes...
J'avais oublié à quel point l'université peut être passionnante, et ce que c'est bon de rencontrer des gens amoureux avant tout...

mardi 17 novembre 2009

Que ma joie demeure

Drinking : a beer
Listening : Smashing Pumkins - Raindrops and Sunshowers, Anathema - Balance, Indochine - Venus, Deine Lakaien - Wonderbar

Ce soir, je me sens aussi crevée que si j'avais couru toute la journée, ce qui n'est pas à proprement parler exact. J'ai fait la queue à des endroits divers et variés, et c'est à cette occasion que j'ai entendu cette phrase qui valait le coup qu'on la note, je pense : "T'écoutes de l'électro ?! Mais t'es trop perdu dans ta vie, faut qu'on t'achète un GPS !" La profonde stupidité de cette phrase est selon moi quelque peu rattrapée par son originalité, qu'en pensez-vous ? :)
En dépit de cette introduction, c'est encore pour partager des mots que j'écris ici. Je crois que Doudou a lu Jean Giono. J'étudie Que ma joie demeure, mon préféré, pour mon mémoire (aux côtés de Tropique du cancer d'Henry Miller, et Les Vagues de Virginia Woolf). Déjà, ce titre, que ma joie demeure, me laisse rêveuse. Mais encore, de même que le personnage de Bobi est un guérisseur, au sens moral comme physique, le bouquin agit de même. Il nous parle de notre malheur d'être si vide, et de n'entendre plus le "chant du monde". Il nous parle de notre ennui, de notre mélancolie sans objet, de notre perte du sens de l'inutile. Et il nous parle de la joie. J'insiste là-dessus. Ni du bonheur, ni de l'extase. De la joie. La joie "peut demeurer", se dit Jourdan. Et le livre nous enseigne, sans règles ni didactique, à conserver cette joie, dans ce monde triste où les personnages comprennent comment le peupler, comment se réconcilier avec eux-mêmes et avec le monde.
« L'homme, on a dit qu'il était fait de cellules et de sang. Mais en réalité il est comme un feuillage. Non pas serré en bloc mais composé d'images éparses comme les feuilles dans les branchages des arbres et à travers desquelles il faut que le vent passe pour que ça chante. »
« Je crois que le malheur c'est comme une maladie que nous faisons nous-mêmes (...) Ce que nous voulons, il semble que le monde entier ne le veut pas. Il semble qu'il le fait par force. Ça a dû nous donner un dégoût de tout, à la longue. Ça a dû obliger notre corps à une fabrication quelconque, est-ce qu'on sait ?... Le monde nous oblige bien à faire du sang. Nous fabriquons peut-être, sans le savoir, un sang spécial, un sang de dégoût et, au lieu de charrier dans notre corps partout, aux bras, aux cuisses, au coeur, au ventre et aux poumons un sang d'appétit, notre grand tuyautage nous arrose avec du sang de dégoût. »
...
« Les lueurs allongeaient des avenues où ne pouvaient passer que des rêves et qui s'enfonçaient sous les arbres ou montaient vers le ciel. » ... « De tous les côtés on voyait les profondeurs magiques de la maison du monde. »

La seule lecture de Giono me réconcilie avec le monde. Elle me fait prendre conscience des moments où je ne sais pas vivre. Savoir vivre. Aimer vivre. Façon de vivre. Autant de choses qui ne dépendent que peu du monde et des circonstances, mais de nous et de notre façon de nous y inscrire...
La poésie me sauve. Les mots me sauvent. Ils forcent le chemin vers ma liberté. Quand je lis Giono, je sens, comme il le dirait, les graines de mes ailes qui poussent contre mes os.
Alors, il y a peu de lumière, mais je peuple la soirée de lanternes que j'aligne pour faire comme une avenue où ne peuvent passer que des rêves.

jeudi 8 octobre 2009

L'automne et l'Orestie

Comme hier, un arc-en-ciel traverse le ciel mi sombre mi doré. La lumière cet automne est changeante, elle a tendance à ruisseler, à se répandre, à pâlir, à forcir, à jaillir de plaies dans les nuages pour illuminer un coin de ville, à étinceler dans les gouttes de pluie et sur les pavés humides. Des gens sont aux terrasses, car il fait plus que doux, le soir, à boire des pintes en riant. Tout est léger, avec en arrière plan un solide parfum d'humus et de bois mort, qui a le charme de la nostalgie et de la mélancolie. Les autres automnes étaient sombres et venteux, celui-ci est lumineux et pluvieux. De parts et d'autres, des arbres s'illuminent comme des lampadaires diurnes, répandant une lumière dorée ou rougeâtre. Il y a ce groupe d'arbres près de la voie ferrée, qui paraît émettre de la lumière bien plus que de la recevoir, et les feuilles se détachent tantôt étincelantes sous un ciel bleu pâle, tantôt pâles et ondoyantes sous un ciel noir.
Beaucoup d'exaltations me traversent comme des bouffées de vent frais. Aujourd'hui en rentrant de cours, je pensais à la beauté du tragique, à ces crépuscules qui serrent le coeur, à ces aurores déchirantes. Je pensais à ces vieilles malédictions, aux larmes et au sang qui rougit les souvenirs. Ces grandes histoires rapportées par les tragédies, mille fois changées et pourtant permanentes, accompagnant nos vies sans même qu'on le sache, implantées quelque part loin dans l'esprit, façonnant notre vision du monde. S'émouvoir d'un texte composé il y a 2500 ans, et encore y redécouvrir sa propre histoire, y trouver une parenté, et même, une identité. Troublant...
L'arc-en-ciel se fond dans les nuages qui deviennent mauve.

vendredi 2 octobre 2009

Finally, I'm back. (?!...)

J'ai Internet ! Dans mon nouvel appartement au seizième étage, où je me sens comme Baudelaire dominant les toits de Paris, ou comme un héros de Myasaki (excusez l'orthographe, j'ai la flemme de chercher) dans le chateau ambulant, ou encore comme un marin qui regarde par un gigantesque hublot la mer de nuages qui l'entoure ; ça c'est quand je m'allonge sur le lit, et qu'il n'y a que le ciel, si vaste !
Oui, je balancerai bien des pots de fleur sur les gens en bas, en criant : "La vie en beau, la vie en beau !" (référence au Mauvais vitrier, dans le Spleen de Paris, si vous avez pas lu, allez lire tout de suite).
J'écoute la musique qui sort de la boîte bleue de Kalys, qui s'est mise à chercher le sacré dans la musique. Pourra-t-elle d'ailleurs me dire ce qui différencie l'ineffable de l'indicible ? Moi, je n'ai pas trop compris.
J'ai compris une chose, en revanche, aujourd'hui, en lisant le livre de Hoï Hoa Vuong intitulé Musique de roman. Je suis apparemment très romantique allemande dans mon obsession de la musique, expression privilégiée de l'absolu. C'est bizarre d'ailleurs qu'on s'en réfère toujours à Wagner, Beethoven, Schubert. Jetez-moi des pierres, mais moi je comprends mieux Vivaldi. Il fait mieux résonner ma "musique intérieure". Et c'est de cela dont il est question, dans l'écriture. Le langage a son propre ineffable. Il a sa prosodie, son rythme, par la signifiance il s'étend à la fois dans l'espace, la temporalité, le visible, l'audible. Que dire d'une expression telle que "la ramification de ce parfum" (Proust). Est-ce signifiant ? Visible ? Audible ? Sensible ? Est-ce que ça ne veut rien dire pour autant ? Le langage est infini. Il porte son propre infini, et seul l'écrivain peut le révéler, à travers la recherche de sa poétique, de son propre langage. Proust disait qu'il fallait attaquer la langue. On a trop écouté les structuralistes, qui ne parlent de rien. Je préfère écouter Baudelaire.
Aussi pour une fois je dérogerai à la règle : pas de musique, mais un texte.

"L'océan noir stagnait et les astres accroupis proliféraient des noeuds de chair fraîche-gonflée, tandis que dans le ciel les oiseaux tournoyaient et du firmament halluciné tombait la balance et le pilon et le mortier et tes yeux bandés, Ô Justice ! Tout ce qu'on vous raconte ici se meut avec des pieds imaginaires le long des parallèles de planètes moribondes ; tout ce qu'on voit avec l'orbite vide éclate comme les fleurs de l'herbe. Du néant surgit le signe de l'infini ; au creux des spirales éternellement ascendante lentement sombre le gouffre béant. La terre et l'eau font des nombres en se joignant, poème écrit avec de la chair, et plus fort que l'acier ou le granit. A travers la nuit sans fin la terre tourbillonne vers une création inconnue...
Aujourd'hui, je suis sorti d'un sommeil profond avec des malédictions joyeuses sur les lèvres, avec ma langue baragouinant, répétant comme une litanie - "Fay ce tu vouldras !... Fay ce que tu vouldras !" Fais n'importe quoi, mais qu'il en sorte de la joie ! Fais n'importe quoi, mais que cela donne de l'extase ! Tant de choses grouillent dans ma tête quand je me dis cela : des images, des gaies, des terribles, des affolantes, le loup et la chèvre, l'araignée, le crabe, la syphilis avec ses ailes étendues et la porte du vagin toujours sans loquet, toujours ouverte, prête comme la tombe. Luxure, crime, sainteté : la vie de mes chers adorés, les échecs de mes chers adorés, les mots qu'ils ont laissé derrière eux, les mots qu'ils ont laissés inachevés ; le bien qu'ils ont entraîné derrière eux et le mal, le chagrin, la discorde, la rancoeur, et la lutte qu'ils ont créés. Mais par dessous tout, l'extase !
(...)
Ce qu'on appelle leur "exagération" est mon aliment : c'est le signe de la lutte, c'est la lutte elle-même avec les fibres qui s'y agrippent, l'aura et l'ambiance de l'esprit discordant."

Du Baudelaire, du Niezsche, du Mallarmé, du Céline... C'est du Henry Miller, dans Tropique du Cancer :)

jeudi 10 septembre 2009

In love with a dead tree...

Qui ne se reconnaîtrait pas dans cette chanson ? En tout cas, pour moi, c'est un hymne à mes angoisses.
Ce groupe, c'est celui de mes souvenirs amoureux, de mes angoisses, de ma douleur. C'est l'un de ceux qui m'a accompagnée et qui ne me quittera pas. Je pense que tous ceux qui lisent ce blog savent ce que cela signifie.
C'est mon porte-parole quand je ne sais, quand je ne peux, plus rien dire.

I wish I could stay standing
I wish I could stay strong
But I can't stand on my own
Everyday life every death.
A strength forever gone.
(The) outside world reveals my distress,
Dead man walking the streets
Doing a senseless job to live
Perpetual motion of fears
Buried alive : everyday life

Those feelings of confinement
Bring me down
Six feet underground

Help me
Because I can't stand upright today



Tant qu'à faire, l'une des meilleures chansons que je connaisse :



Et... Paniquer, perdre son souffle, ne plus rien comprendre, hurler..



Is this wold lost?

Where's common sense?

Nothing more to say

I cannot believe my eyes!

Is this world a ghost,

A dead man waiting,

A forgotten king?

I cannot believe my eyes! (I don't know!)



I'm out of breath

Is that the better life that you promised?

I'm out of breath

I don't want to realize it is hopeless

Are better days to come?

Is that life changing?

Will I find my breath again?




I feel drained

I feel drained

From fighting fears each day

I feel drained

I feel drained

Who could accept to live this way?

I'm so tired of feeling ashamed

Of living this way

jeudi 13 août 2009

Divenire

Le prochain qui me parle d'une opposition entre l'état d'esprit nordique et l'état d'esprit méridonial, je lui fous une tarte. Une fois encore, je trouve le cliché d'un monde méditerranéen - lumineux, joyeux, prompt à la fête et à parler fort - démenti. Et magnifiquement démenti. Après Ashram et Corde Oblique, l'Italie me réservait encore une surprise de taille.
Certains d'entre vous savent que quand j'ai un coup de coeur, ce n'est pas à moitié, et je parle trop. Je vous laisse écouter avant de parler.



Une musique qui ressemble à l'aube. Une lumière pâle dévoile les lignes vagues d'un paysage naissant, d'infimes beautés encore closes. Une légèreté douloureuse emmène ce morceau qui s'envole, révélant toute la tristesse de la lumière, quelque chose de tragique et pourtant si délicat, qui se développe dans une harmonie parfaite.
Divenire, un album découvert par hasard...