jeudi 8 octobre 2009

L'automne et l'Orestie

Comme hier, un arc-en-ciel traverse le ciel mi sombre mi doré. La lumière cet automne est changeante, elle a tendance à ruisseler, à se répandre, à pâlir, à forcir, à jaillir de plaies dans les nuages pour illuminer un coin de ville, à étinceler dans les gouttes de pluie et sur les pavés humides. Des gens sont aux terrasses, car il fait plus que doux, le soir, à boire des pintes en riant. Tout est léger, avec en arrière plan un solide parfum d'humus et de bois mort, qui a le charme de la nostalgie et de la mélancolie. Les autres automnes étaient sombres et venteux, celui-ci est lumineux et pluvieux. De parts et d'autres, des arbres s'illuminent comme des lampadaires diurnes, répandant une lumière dorée ou rougeâtre. Il y a ce groupe d'arbres près de la voie ferrée, qui paraît émettre de la lumière bien plus que de la recevoir, et les feuilles se détachent tantôt étincelantes sous un ciel bleu pâle, tantôt pâles et ondoyantes sous un ciel noir.
Beaucoup d'exaltations me traversent comme des bouffées de vent frais. Aujourd'hui en rentrant de cours, je pensais à la beauté du tragique, à ces crépuscules qui serrent le coeur, à ces aurores déchirantes. Je pensais à ces vieilles malédictions, aux larmes et au sang qui rougit les souvenirs. Ces grandes histoires rapportées par les tragédies, mille fois changées et pourtant permanentes, accompagnant nos vies sans même qu'on le sache, implantées quelque part loin dans l'esprit, façonnant notre vision du monde. S'émouvoir d'un texte composé il y a 2500 ans, et encore y redécouvrir sa propre histoire, y trouver une parenté, et même, une identité. Troublant...
L'arc-en-ciel se fond dans les nuages qui deviennent mauve.

vendredi 2 octobre 2009

Finally, I'm back. (?!...)

J'ai Internet ! Dans mon nouvel appartement au seizième étage, où je me sens comme Baudelaire dominant les toits de Paris, ou comme un héros de Myasaki (excusez l'orthographe, j'ai la flemme de chercher) dans le chateau ambulant, ou encore comme un marin qui regarde par un gigantesque hublot la mer de nuages qui l'entoure ; ça c'est quand je m'allonge sur le lit, et qu'il n'y a que le ciel, si vaste !
Oui, je balancerai bien des pots de fleur sur les gens en bas, en criant : "La vie en beau, la vie en beau !" (référence au Mauvais vitrier, dans le Spleen de Paris, si vous avez pas lu, allez lire tout de suite).
J'écoute la musique qui sort de la boîte bleue de Kalys, qui s'est mise à chercher le sacré dans la musique. Pourra-t-elle d'ailleurs me dire ce qui différencie l'ineffable de l'indicible ? Moi, je n'ai pas trop compris.
J'ai compris une chose, en revanche, aujourd'hui, en lisant le livre de Hoï Hoa Vuong intitulé Musique de roman. Je suis apparemment très romantique allemande dans mon obsession de la musique, expression privilégiée de l'absolu. C'est bizarre d'ailleurs qu'on s'en réfère toujours à Wagner, Beethoven, Schubert. Jetez-moi des pierres, mais moi je comprends mieux Vivaldi. Il fait mieux résonner ma "musique intérieure". Et c'est de cela dont il est question, dans l'écriture. Le langage a son propre ineffable. Il a sa prosodie, son rythme, par la signifiance il s'étend à la fois dans l'espace, la temporalité, le visible, l'audible. Que dire d'une expression telle que "la ramification de ce parfum" (Proust). Est-ce signifiant ? Visible ? Audible ? Sensible ? Est-ce que ça ne veut rien dire pour autant ? Le langage est infini. Il porte son propre infini, et seul l'écrivain peut le révéler, à travers la recherche de sa poétique, de son propre langage. Proust disait qu'il fallait attaquer la langue. On a trop écouté les structuralistes, qui ne parlent de rien. Je préfère écouter Baudelaire.
Aussi pour une fois je dérogerai à la règle : pas de musique, mais un texte.

"L'océan noir stagnait et les astres accroupis proliféraient des noeuds de chair fraîche-gonflée, tandis que dans le ciel les oiseaux tournoyaient et du firmament halluciné tombait la balance et le pilon et le mortier et tes yeux bandés, Ô Justice ! Tout ce qu'on vous raconte ici se meut avec des pieds imaginaires le long des parallèles de planètes moribondes ; tout ce qu'on voit avec l'orbite vide éclate comme les fleurs de l'herbe. Du néant surgit le signe de l'infini ; au creux des spirales éternellement ascendante lentement sombre le gouffre béant. La terre et l'eau font des nombres en se joignant, poème écrit avec de la chair, et plus fort que l'acier ou le granit. A travers la nuit sans fin la terre tourbillonne vers une création inconnue...
Aujourd'hui, je suis sorti d'un sommeil profond avec des malédictions joyeuses sur les lèvres, avec ma langue baragouinant, répétant comme une litanie - "Fay ce tu vouldras !... Fay ce que tu vouldras !" Fais n'importe quoi, mais qu'il en sorte de la joie ! Fais n'importe quoi, mais que cela donne de l'extase ! Tant de choses grouillent dans ma tête quand je me dis cela : des images, des gaies, des terribles, des affolantes, le loup et la chèvre, l'araignée, le crabe, la syphilis avec ses ailes étendues et la porte du vagin toujours sans loquet, toujours ouverte, prête comme la tombe. Luxure, crime, sainteté : la vie de mes chers adorés, les échecs de mes chers adorés, les mots qu'ils ont laissé derrière eux, les mots qu'ils ont laissés inachevés ; le bien qu'ils ont entraîné derrière eux et le mal, le chagrin, la discorde, la rancoeur, et la lutte qu'ils ont créés. Mais par dessous tout, l'extase !
(...)
Ce qu'on appelle leur "exagération" est mon aliment : c'est le signe de la lutte, c'est la lutte elle-même avec les fibres qui s'y agrippent, l'aura et l'ambiance de l'esprit discordant."

Du Baudelaire, du Niezsche, du Mallarmé, du Céline... C'est du Henry Miller, dans Tropique du Cancer :)

jeudi 10 septembre 2009

In love with a dead tree...

Qui ne se reconnaîtrait pas dans cette chanson ? En tout cas, pour moi, c'est un hymne à mes angoisses.
Ce groupe, c'est celui de mes souvenirs amoureux, de mes angoisses, de ma douleur. C'est l'un de ceux qui m'a accompagnée et qui ne me quittera pas. Je pense que tous ceux qui lisent ce blog savent ce que cela signifie.
C'est mon porte-parole quand je ne sais, quand je ne peux, plus rien dire.

I wish I could stay standing
I wish I could stay strong
But I can't stand on my own
Everyday life every death.
A strength forever gone.
(The) outside world reveals my distress,
Dead man walking the streets
Doing a senseless job to live
Perpetual motion of fears
Buried alive : everyday life

Those feelings of confinement
Bring me down
Six feet underground

Help me
Because I can't stand upright today



Tant qu'à faire, l'une des meilleures chansons que je connaisse :



Et... Paniquer, perdre son souffle, ne plus rien comprendre, hurler..



Is this wold lost?

Where's common sense?

Nothing more to say

I cannot believe my eyes!

Is this world a ghost,

A dead man waiting,

A forgotten king?

I cannot believe my eyes! (I don't know!)



I'm out of breath

Is that the better life that you promised?

I'm out of breath

I don't want to realize it is hopeless

Are better days to come?

Is that life changing?

Will I find my breath again?




I feel drained

I feel drained

From fighting fears each day

I feel drained

I feel drained

Who could accept to live this way?

I'm so tired of feeling ashamed

Of living this way

jeudi 13 août 2009

Divenire

Le prochain qui me parle d'une opposition entre l'état d'esprit nordique et l'état d'esprit méridonial, je lui fous une tarte. Une fois encore, je trouve le cliché d'un monde méditerranéen - lumineux, joyeux, prompt à la fête et à parler fort - démenti. Et magnifiquement démenti. Après Ashram et Corde Oblique, l'Italie me réservait encore une surprise de taille.
Certains d'entre vous savent que quand j'ai un coup de coeur, ce n'est pas à moitié, et je parle trop. Je vous laisse écouter avant de parler.



Une musique qui ressemble à l'aube. Une lumière pâle dévoile les lignes vagues d'un paysage naissant, d'infimes beautés encore closes. Une légèreté douloureuse emmène ce morceau qui s'envole, révélant toute la tristesse de la lumière, quelque chose de tragique et pourtant si délicat, qui se développe dans une harmonie parfaite.
Divenire, un album découvert par hasard...

jeudi 6 août 2009

Terrible lie

"Terrible Lie"

hey God
why are you doing this to me?
am i not living up to what i'm supposed to be?
why am i seething with this animosity?
hey God
i think you owe me a great big apology.

terrible lie
terrible lie
terrible lie
terrible lie

hey God
i really don't know what you mean.
seems like salvation come only in our dreams.
i feel my hatred grow all the more extreme.
hey God
can this world really be as sad as it seems?

terrible lie
terrible lie
terrible lie
terrible lie

don't take it away from me.
i need someone to hold on to.
don't take it away from me.
i need someone to hold on to.

hey God
there's nothing left for me to hide.
i lost my ignorance, security and pride.
i'm all alone in a world you must despise.
hey God
i believed your promises, your promises and lies.

terrible lie
terrible lie
terrible lie
terrible lie

you made me throw it all away.
my morals left to decay.
how many you betray.
you've taken everything.

terrible lie.
my head is filled with disease.
my skin is begging you please.
i'm on my hands and knees.
i want so much to believe.

i need someone to hold on to.
i need someone to hold on to.
i need someone i need someone.
i need someone to hold on to.
i give you everything.
my sweet everything.
hey God
i really don't know who i am.
in this world of piss

[Trent Reznor]

vendredi 19 juin 2009

Into the void

Aujourd'hui, j'écris ce message comme une catharsis, non pour me plaindre, car là tout est bien de ma faute. Cela fait quelques jours que j'ai l'impression d'attendre de me réveiller. Je paresse, mais ça ne me plaît pas spécialement. Mon cerveau se vide progressivement, et la paresse entraîne la paresse, et l'envie disparaît. Je ne trouve plus mes repères, je n'ai aucune volonté pour me lever le matin (probablement parce que le soir, je suis motivée à me lever tôt parce que je pense que de cette façon, je serai plus motivée, mais le matin, j'annule aussitôt ces bons voeux parce que je suis trop endormie, envasée dans des rêves même pas intéressants). Alors le cercle vicieux continue, et en arrière plan de tout ça une espèce d'écran d'angoisse qui bourdonne, sans vraiment être présent, mais rappelant son existence, comme un mur, dès que j'essaie de me retourner vers mes activités. Et du coup, il y a la peur d'être seule, c'est étrange, je ne connaissais pas cela avant. Cette inquiétude qui fait mal au ventre, l'insupportable silence, mais la crainte de la musique, car elle peut réveiller des choses que je ne me sens pas le courage de creuser. Tout cela est bien pathétique, en fait, et je le sais bien. Il va peut-être falloir que je fasse plus que souhaiter que cela se passe. De me reprendre en main. C'est dur de prendre .ses marques, de trouver son rythme, d'être et de faire ce que l'on veut. Le quotidien met tout cela à rude épreuve, on est perdu. C'est d'abord une harmonie intérieure qu'il faut trouver, car je crois que quelles que soient mes conditions de vie, je serai toujours confrontée à ce problème. Bien sûr, je pourrais améliorer tout cela, en ayant une activité régulière, en vivant avec Scott. Mais il y aura toujours ces soirs, ce malaise, si je ne me sens pas bien avec moi-même. J'y reviens sans cesse. A la sérénité. Pourquoi nous échappe-t-elle ainsi ? Bien sûr, il y a ce gouffre spirituel, et on doit prendre sur soi pour le combler. C'est le prix à payer pour la liberté. ça me remonte un peu déjà de parler comme ça, car je vois alors les choses comme un défi à relever, parce que la façon dont je conçois ma vie est très individuelle. Je crois que mon bonheur dépend de moi avant tout. Et ma réussite. Et tout autre chose. Si seulement je ne me laissais pas décourager aussi facilement...
Voilà, quelques pensées...

mardi 9 juin 2009

I want to break free !!

Quand on s'imagine sa vie, on ne peut s'imaginer son quotidien. Toutes les grandes idées, résolutions, volontés, se heurtent à cette vague d'usure, à cette somme écrasante de petits moments et de préoccupations insipides. Malgré tout cela, on garde la tête hors de l'eau, on essaie. Cette année, je ne pense pas pouvoir encore dire "j'ai fait de mon mieux", mais je ne sais pas si c'est réel ou du à une autre grande exigence envers moi-même. Remarque, on peut toujours faire mieux, et cette exigence est ce qui me pousse. Alors ce soir, je bois des bières, j'écoute November Rain (Guns and roses), et même si parfois j'ai l'impression d'avoir le coeur en miettes, pour rien, pour tout, je vais quand même essayer d'écrire. Car certains de mes textes sont les fruits de mes déconvenues, et de soirées comme celles-ci, bercées par la musique, sans rien de particulier ni en mal ni en bien. Juste ce truc au ventre et au coeur qui me colle à mon clavier, qui retient mon attention, et me captive, cette chose hurlante en moi qui fait que je ne serai jamais posée, raisonnable, tranquille et satisfaite avec toutes les choses habituellement satisfaisantes. Cette sensation, je l'ai vécue à n'importe quel moment de ma vie : quand c'était le mieux et quand c'était le pire. J'ai juste désespérément envie et besoin d'écrire, quoiqu'il arrive dans ma vie. Alors je vous entends dire : "bah écris !" ; mais ce que je fais là, c'est le déverrouillage progressif de ces nombreuses serrures qui mènent à des endroits où je me perds pendant longtemps, des endroits qui m'absorbent, et que j'ai toujours eu des difficultés à faire cohabiter avec le reste de la vie. Mais je suis comme ça, et je n'y vois pas d'inconvénient. Je vais donc essayer d'écrire, ce soir...