mercredi 30 juin 2010

Another brick in the wall

Les jours qui se succèdent. Les musiques qui tournent en boucle. Les nuits qui se répètent, sombres, dévoreuses. Les vies qui défilent, laides et mutilées. Les moments de lumière. Et puis la lassitude. Lassitude de devoir expliquer, de devoir dire, de montrer, de décrire. Lassitude d'être esseulé ballotté par un courant de fond qui menace sans cesse de faire céder tous les barrages. Et puis, au fond, rien, sinon un vague refus. Je n'ai pas signé pour ça, ce n'est pas ce que je voulais. Comme si quelqu'un se souciait de ce qu'on voulait. Le chemin, les batailles à gagner seul. J'ai l'impression que je pars avec trois fois rien et un avenir tout sauf prometteur. Je regarde autour de moi et ça ne me plaît pas. Je n'y vois que mort et désolation. Ce qui m'aide à tenir parfois c'est la rage qui ressurgit à un moment opportun, vitale et sauvage, qui me redonne le goût de vivre juste pour prouver au monde entier qu'il ne me tuera pas. Et puis c'est la beauté, rare ou abondante selon les jours. Et il me reste moi, et cette philosophie est d'un bien plus grand secours pour moi que les philosophies de l'annihilation du moi, bien qu'il soit possible que ce ne soit pas la meilleure voie pour le bonheur. Que puis-je dire ? Je suis seule avec mes armes dans un monde immense peuplé d'aveugles et de sourds. Je suis seule dans un mur qui m'entoure, et chaque jour n'est qu'une autre brique qui agrandit le mur.

mardi 22 juin 2010

Hellfest report : je suis trop dark

Voilà, je suis rentrée hier du festival de l'enfer, et autant dire que cette année, c'était très rock'n'roll, du point de vue musical et du point de vue du vécu. Beaucoup de hard rock et de groupes de papys qui nous ont prouvé qu'ils avaient encore la pêche (UDO, Saxon, Anvil, Alice Cooper, Kiss...).
C'était un festival où j'ai été curieuse, et du coup, pas mal de découvertes et de surprises à la clé.
J'ai également découvert que je suis définitivement très dark, et je vais vous expliquer pourquoi. Personne n'avait d'appareil photo, aussi je vous prouve maintenant ma darkitude :

1. J'ai découvert que j'aimais le death. Dimanche soir, scandale universel : Nile passait en même temps que Motorhead. Le Hellfest a donc du se diviser en deux camps, ceux qui vont voir "Lemmy" avec ses grosses guitares, sa grosse voix et sa grosse bite (ce type m'agace quelque peu) et ceux qui vont voir le groupe de death brutal inspiré par la mythologie égyptienne. Je ne connaissais pas Nile, et j'ai plutôt adhéré. Une voix qui semble remonter des profondeurs de la terre, un côté mystique et inquiétant qui m'a bien plu. une vidéo de Nile (y en a pas de correctes du Hellfest) :

J'ai également beaucoup aimé Asphyx, groupe de death néerlandais bien léché et puissant :

2. Quand je suis en concert, j'aime me blottir sous la capuche de mon sweat MetalCamp. Quand j'enlève ma capuche, c'est que je suis décoiffée par le concert, que la musique est si bien que ça mérite de bouger la tête dans tous les sens. Deux concerts seulement m'ont fait enlever ma capuche :

Pour les voir, j'ai du braver une foule de plusieurs dizaines de milliers de personnes, car comme je suis grave underground, je n'ai assisté qu'au début du concert de Alice Cooper. ça m'a déçue, c'était trop froid, théâtral, on savait même pas s'il était contente d'être là, et j'ai trouvé ça un peu mou du genou. C'est donc sans regret que je me suis extrait de la foule pour rejoindre les goths qui écoutaient Fields of the Nephilim. C'était juste énorme. Je pouvais sentir la voix du chanteur dans mon ventre. C'était puissant, planant, sombre, classe, aérien.
Une vidéo plus propre pour écouter la musique :

Et l'autre, c'était Tamtrum, une énergie incroyable, un jeu de scène complètement déjanté collant complètement à la décadence malsaine de leur dernier album Fuck you I'm drunk/Stronger than cats :) Du grand n'importe quoi, mais une musique toujours aussi efficace. Pas de bonnes vidéos live du Hellfest, je vous mets donc un autre live pour vous faire une idée de ce que ça donne en concert :

J'ai failli enlevé ma capuche sur :
-Black Cobra : c'est très méchant, on dirait que le batteur va casser sa batterie, il y a juste deux mecs sur scène et ça dégage une haine brutale et ça envoie sacrément en live. Une vidéo studio pour découvrir la musique :

-Sabaton : power metal suédois, ils avaient une pêche d'enfer, c'était joyeux, ça donnait envie de sauter partout, vraiment une super découverte :

une vidéo plus propre :

3. J'aime pas les mainstage. Bien souvent, le son est mauvais, on a du mal à voir quoique ce soit, et cette année avec 65 000 personnes, le festival était tout simplement bondé. Je suis même pas restée 10 minutes au concert d'Eluveitie (pagan). Je voulais du black :) Et quand il y en a eu, Immortal, l'un des concerts que j'attendais le plus, j'ai été un peu déçue : mauvais son, j'arrivais à peine à reconnaître les chansons, et puis, je sais pas, ça manquait de quelque chose (ou alors, j'étais de mauvaise humeur. Cela dit ce sont de petits rigolos qui aiment faire des grimaces, et le maquillage quand même... on dirait Kiss, quoi :)


Deux découvertes live bien sympa :
-Negura Bunget, que je connaissais un petit peu. C'est un black hypnotique, avec des instruments traditionnels, qui change largement de ce qu'on a l'habitude d'entendre. C'était un beau concert, surprenant, simple, loin des singeries de certains groupes de black. Voilà une chanson assez représentative :


-Brant Bjork and the Bros : j'étais très fatiguée, alors je me suis allongée pour écouter, j'ai fermé les yeux, et me suis balladé en Californie au son d'une guitare psychédélique. Vraiment chouette.


Sinon, il fallait quand même que vous voyiez ça, c'était pas mal représentatif de l'état d'esprit rock'n'roll qui régnait sur le festival :


Malgré mon côté dark, je suis redevenue une gamine dimanche soir. J'ai vécu un très grand moment de rock, et assisté à un show véritablement spectaculaire. Je me suis retrouvé à sourire bêtement et à gigoter malgré le fait que je tremblais littéralement de fatigue. Qu'est-ce que c'était ? KISS, bien sûr !
Je vous laisse avoir un aperçu de la performance extraordinaire à laquelle nous avons assisté :
L'entrée en scène :

Je suis fan du bassiste :

Ils savent se faire aimer et acclamer... Une chanson culte avec une mise en scène incroyable.

Une ancienne vidéo de qualité pour un hymne auquel vous adhérerez tous, je crois :)

mercredi 16 juin 2010

Yeahhh

J'avais manqué ça pendant des années. Ecouté un album il y a dix ans. Et putain que c'est bon ! Ce genre de groupe qui a inventé la musique que vous aimez. vous l'écoutez, et vous reconnaissez tous les autres groupes que vous écoutez. Je n'arrête pas d'écouter ça depuis deux jours.
Rock'n'roll !!





jeudi 10 juin 2010

Tout est chaos...

Liberté

Sur mes cahiers d'écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable de neige
J'écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J'écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J'écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l'écho de mon enfance
J'écris ton nom

Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J'écris ton nom

Sur tous mes chiffons d'azur
Sur l'étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J'écris ton nom

Sur les champs sur l'horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J'écris ton nom

Sur chaque bouffées d'aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J'écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l'orage
Sur la pluie épaisse et fade
J'écris ton nom

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J'écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J'écris ton nom

Sur la lampe qui s'allume
Sur la lampe qui s'éteint
Sur mes raisons réunies
J'écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J'écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J'écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J'écris ton nom

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J'écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attendries
Bien au-dessus du silence
J'écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J'écris ton nom

Sur l'absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J'écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l'espoir sans souvenir
J'écris ton nom

Et par le pouvoir d'un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté

Paul Eluard
in Poésies et vérités, 1942


Un poème encadré chez ma grand-mère et dont les mots restent toujours aussi puissants en moi.

Par ailleurs, savez-vous qui était Brian Boru ? Un roi irlandais qui repoussa les vikings. Il a laissé derrière lui un air populaire souvent repris...
Enfin, là je tombe sur une tentative de mise en musique d'Eluard absolument épouvantable, terrifiante, horrible, torturante

Au secours !!!!!!!!

On écoute ça et ça va mieux

Ouf !

Ou pas. ça dépend des goûts, je suppose.
Regardez tout de même cette très belle vidéo (en HD et le son à fond s'il vous plaît, ça vaut vraiment le coup) :



Oui, ça sera tout. Et tant mieux si ça n'a aucun sens.

Ah, non.

Pour vous faire découvrir un peu mon univers, tjrs en HD (enfin j'ai pas trouvé en HD, mais mettez la meilleure qualité possible s'il vous plait) :


ou encore :


Mais par contre c'est des saletés de hordeux qui chantent, normal que ce soit aussi neu-neu

ou encore, mieux :


Et enfin, voici mon perso :)
http://eu.wowarmory.com/character-sheet.xml?r=Uldaman&cn=Maloriel
Faites un zoom avant vous verrez comme elle est belle :)

lundi 31 mai 2010

flots de mots

Oui, j'ai besoin de mes moments de solitude, c'est ce dont j'ai le plus besoin au monde. Car la chose qui pousse en moi a besoin d'attention. Elle est là même si je n'y pense pas. Et un jour elle rugit et se débat, et parfois c'est trop tard, j'ai désappris à l'apprivoiser, alors je suis perdue et sombre dans le doute. C'est pour l'apprivoiser que je suis venue ici, en tirer les histoires qu'elles me suggèrent, suivre les rêves qu'elle fait glisser dans mon ciel intérieur. C'est pour me laisser mener dans des imaginaires qui ne s'épanouissent qu'à l'ombre de la solitude que je suis venue. Pour écouter le chant de l'aurore et la mélancolie du soir. Pour saisir les gouttes de rosée et les parfums du printemps qui continue sans nous, indifférent à nos états d'âme, à déployer sa beauté. C'est pour me pister, pour retrouver l'écho lointain de ces voix, de ces pas, qui résonnent sur le pavement des nuits d'insomnie, sur les chemins effrayants qu'ouvre un rayon de lumière, menant dans l'inconnu, dans la folie, la démesure de mon désir qui menace toujours de détruire ce que je pourrais créer. Il hurle et trépigne comme la petite fille que je suis toujours, parfois je le noie dans l'alcool où parviens à le détourner en endormant mon esprit à d'autres occupations. Mais il finit toujours par revenir, et quand je m'y attends le moins, il hurle le besoin de créer, mais il est trop impatient et étouffe les nouveaux-nés...
J'avais seulement besoin d'être seule, ne serait-ce qu'une journée, et déjà, j'ai retrouvé des mots, des pensées, des horizons, des désirs. C'est étonnant, à quel point j'en étais coupée. Je ne veux plus reproduire cela. Que j'ai toujours mes instants, mes aurores. Que je parte seule dans la forêt, que je retienne la nuit, que je me laisse aller à mes désirs de lumière. Que je prenne la mer. Que je sois seule avec le ciel. Je ne laisserai plus une telle folie me réduire, car quand cela arrive, c'est tout qui diminue en moi, même mon amour. Je le sais. Je suis ainsi. Cyclique, à moitié folle, lunatique, éprise, éperdue. Maintenant, je le sais, et je n'en ai plus peur, plus comme avant. Retrouver ces moments au bord du vide, tellement essentiels, où la vie s'arrête et où tout se produit en même temps.
Un peu de mal à retrouver mon équilibre. J'ai toujours cette espèce de nervosité qui me fait agir trop vite. J Rassembler ces fragments épars d'impression, prendre le temps de les contempler. Je vais boire cette bière sur le balcon, avec la musique qui évoque en moi un long rêve éveillé, cette longue fresque d'Howard Shore...
Ce qui fait la beauté des choses, c'est ce que nous y mettons, de nous-mêmes. Parfois, les autres le voient rayonner. Dans ce thème du Rohan, je vois Eowyn, tout ce qui fait son être, sa mélancolie, son courage, sa sauvagerie, son désir. Elle met de la lumière à ce thème, et elle y met de la douleur. Mais une douleur qui flamboie et qui triomphe.

Je me sens curieusement émue ce soir, lassée, énervée, secouée. La gorge serrée et douloureuse. La musique que j'écoute me bouleverse, comme si, vous savez, certains soirs, on était ouvert,

à fleur de peau

au bord de nous-mêmes

à portée de tir, à bout de souffle, à tombeaux ouverts, au bout du rouleau,
à la croisée des routes, au bout du quai, à l'aube d'une nouvelle ère, à l'autre bout du monde, à l'heure d'hiver à l'heure d'été, à la manque,

à l'ouest

à la folie.

Je serre des deux mains l'entaille profonde par où pulse mon sang, dégorge ma poitrine, crève mon coeur, et pourtant, le monde est douceur...

Je voudrais être la voix qui saurait provoquer l'apocalypse, je voudrais être la violence qui t'arrachera les yeux, je voudrais être le rythme primitif qui cascade dans nos cauchemars et fait de nous des enfants terrifiés.

Je voudrais apprivoiser le démon afin de m'unir à lui et confondre nos chairs, de manière à ce que sa puissance surnaturelle soit les ailes de ma dérisoire vengeance...
Je voudrais être ton hurlement, je voudrais être la tombe sur laquelle tu marches, je voudrais te recueillir au creux de mes entrailles, afin peut-être de t'enfanter à nouveau.

je voudrais, je voudrais, je voudrais

Je voudrais creuser les artères vitales, tomber dans tous les terriers du monde, habiter le creux des vagues et les cavernes de nos mémoires, je voudrais arracher l'écorce pour demeurer dans la terre et les arbres, je voudrais qu'une guerre souffle nos lâchetés, qu'un cataclysme force nos âmes à paraître et à jouir enfin, je voudrais que la mort nous poursuive pour que nous puissions courir, je voudrais que la maladie nous terrasse pour que nous puissions nous relever, je voudrais déchaîner l'enfer pour que nous puissions y retrouver nos souvenirs aimés...



Faire parler le silence
écouter ses longs monologues
doucement descendre
jusqu'aux nuées noires
doucement descendre

Qu'est-ce qui te retient soudain ? A l'angle de ton regard apparaît une larme. Pourquoi t'arrêtes-tu ? Tu t'égares immobile, au beau milieu du songe qui t'éveille... Que vois-tu ? Moi, je vois s'ouvrir le ciel, en bas. J'y ai longtemps aspiré...
Des fleurs inversées y ondoient, des lumières s'y croisent comme dans les vitraux d'une cathédrale. Peut-être est-il temps. Alors que je me déshabille de ces choses qui font la vie, et me revêts de pluie, tu n'oses pas encore avancer. Mais où vas-tu ? Tu ne peux pas remonter. Là-haut c'est l'abîme et le néant, là-haut c'est ta mort que tu abandonnerais comme un vieux vêtement.
Je ne suis pas venue pour relever les morts. Je suis venue pour me relever de la vie.
We're one, but we're not the same...

lundi 15 mars 2010

Une chose à ajouter au billet précédent

Un hommage, un remerciement, à Hans Zimmer. Sa musique sait incarner le drame, le tragique. L'histoire. L'humain quand il meurt ; quand il prie, quand il aime.
C'est une source d'inspiration inépuisable pour moi ; il faudra que je lui dise merci, personnellement, un jour.
Mes mots sont tellement idiots. Ecoutez, essayez, s'il vous plaît, de sentir le drame. Une vie qui se joue, un dénouement, une fin, un commencement. C'est cela, le drame. Saisir l'intensité de l'instant, dans sa vérité autant que dans sa simplicité. Ce que Hans Zimmer a fait en musique, je veux le faire en littérature ; ambition sans doute un peu exagérée pour mes capacités, je le sais bien, mais ça vaut le coup d'essayer.







Mes trois grands classiques. Merci à lui. Je rêve d'avoir un studio comme lui, un jour, sauf que ce serait pour écrire, bien sûr (http://www.for-tune.de/de/images/hanszimmer.jpg)

House of the rising sun

Drinking : rosé
Listening : Loreena McKennitt - Mummers' Dance ; Cruachan - Ride on ; Corvus Corax - Suam Elle Ires ; Nine Inch Nails - Something I can never have (album version, terrifiant, je trouve...); Hans Zimmer - Now we are free ; The Old Dead Tree - Everyday life ; The Animals - House of the rising sun ; Sia - Breathe me ; Saez - Delphine et Hyppolite ; Ludivico Einaudi - Primavera

Avez-vous l'impression que parfois chaque jour, et en particulier, chaque soir, est une lutte ? Contre le vide, contre l'angoisse, contre l'apathie. J'épice mon univers de musique et de vin. J'ai écrit, ce soir, mais chaque fois que j'écris ; j'ouvre la boîte de Pandore. Des émotions me sautent au visage, anciennes et neuves, sans mélange, brutales. Cela me fait un peu peur. Je crois que j'ai besoin d'une bulle de temps et de silence, chaque jour, si je veux écrire. Car très vite je suis perdue, à la dérive entre deux mondes, et je ne peux aisément revenir à la réalité, et ne suis alors disponible pour personne, sauf peut-être un esprit bavard, lunatique et rêveur qui se trouverait sur la même longueur d'onde que moi à ce moment. Ce qui n'arrive donc que très rarement. Je me perds si vite et si facilement. Je décroche. J'ai une armée de rêves et de souvenirs qui se battent en duel dans mon ciel intérieur trop changeant. La musique me nourrit et me sculpte à coups de haches. Je change d'apparence à mesure que s'écoulent les notes. Il faudrait que je sache assumer cette dérive intérieure, mettre un panneau : "c'est plus la peine de m'approcher, à moins que tu me parles en langage surréaliste." Vous comprenez ? Des fois je m'en veux de m'exiler si facilement. Et encore, je dis ça, mais non, ça n'est pas facile. Il me faut parfois des heures pour féconder la nuit entière.
Disons que cette attitude me semble parfois narcissique. Mais je n'y peux rien. Mais je me sens toujours coupable.
Et c'est fragile, si fragile. le charme s'évapore trop vite. Ce n'est pas tout à fait compatible avec le solitude totale ; la preuve, j'éprouve le besoin d'écrire ici. Ce n'est pas non plus compatible avec le quotidien et les masques. Car quoiqu'on en dise, on en utilise tous, tout le temps. C'est compatible avec la fureur de vivre. Et c'est tout.
Quand ça vient, le monde me semble soudain étranger, comme dans un rêve. Tout me paraît démesuré et infini. C'est pourquoi souvent j'en appelle à Dionysos. Les Grecs avaient un nom pour l'ivresse (et je parle d'une ivresse plus spirituelle que celle qu'induit l'alcool, l'alcool ne fait que soutenir et parfois épanouir cette ivresse-là). Il nous manque un nom pour ça. Il nous manque un espoir pour le faire vivre (lapsus, je voulais dire un espace, mais les deux mots conviennent...) Les chantres de l'imaginaire n'en ont pas plus qu'un cadre trentenaire dynamique. Il manque quelque chose. Putain, vous trouvez pas qu'il manque quelque chose ?
Un soir comme ça j'ai envie de vous écrire la plus belle tragédie que vous ayez jamais lu... Mais ça ne se fait pas sans travail... Du coup, j'ai envie de vous donner des poèmes, des paroles qui me semblent paroles d'évangiles... Mais, non. C'est ainsi. Une écriture est faite d'hésitations et d'angoisse. Que cela reste ainsi.
Tout cela est très décousu je le sais bien, mais je ne peux faire mieux. De toutes façons, personne n'est obligé de lire, ce qui me délivre a priori de toute culpabilité de raconter absolument tout ce que je veux. Mais tout est "a priori" dans ce monde, même les valeurs les plus fondamentales...
Je veux élaguer la vie. La rendre à sa pure nécessité, à sa beauté. Primitif et orgueilleux. Qu'est-ce qui restera de nous ? Pour ma part, ce sera quelques soirées de beuverie, quelques couchers de soleil, quelques baisers, quelques concerts. C'est presque tout. Que reste-t-il ? C'est une question qui m'obsède, lorsque le quotidien s'encombre d'inutile. Quelques saveurs, une odeur de pin, l'air du soir en plein été lorsque la rosée est tombée. Quelques chansons qui tombent dans le silence. Quelques personnes à la lisière, même si je sais que everyone goes away, in the end...
Je ne peux supporter de laisser tout en l'état. Il faut sans cesse que je transforme, que je sculpte, que je dise. ça me fait autant de mal que de bien ; j'en ai l'impression certains soirs, surtout ceux-là, où le chemin qui m'emmène va plus profond dans la mélancolie. La nostalgie y joue aussi, étrange. Je ne suis pas vieille, ce ne sont pas mes vingt ans que je regrette. Et pourtant, je suis sure de connaître ce sentiment. Qui dépasse des années, des villes, des personnes. C'est difficile à exprimer.
Voilà, il ne reste plus rien de tout cela qu'une vague incertitude. Parfois je me dis que la seule manière d'aller jusqu'au bout de mon vertige, ce serait de mourir. Je n'ai pas envie de mourir. Mais comme je mourrai un jour, j'aimerais que ce soit comme cela, appelée au-delà de moi-même par la musique et la poésie.

"On ne peut ici-bas contenter qu'un seul maître!"
Mais l'enfant, épanchant une immense douleur,
Cria soudain: "Je sens s'élargir dans mon être
Un abîme béant; cet abîme est mon coeur!

"Brûlant comme un volcan, profond comme le vide!
Rien ne rassasiera ce monstre gémissant
Et ne rafraîchira la soif de l'Euménide
Qui, la torche à la main, le brûle jusqu'au sang.

"Que nos rideaux fermés nous séparent du monde,
Et que la lassitude amène le repos!
Je veux m'anéantir dans ta gorge profonde
Et trouver sur ton sein la fraîcheur des tombeaux!"

- Descendez, descendez, lamentables victimes,
Descendez le chemin de l'enfer éternel!
Plongez au plus profond du gouffre, où tous les crimes,
Flagellés par un vent qui ne vient pas du ciel,

Bouillonnent pêle-mêle avec un bruit d'orage.
Ombres folles, courez au but de vos désirs;
Jamais vous ne pourrez assouvir votre rage,
Et votre châtiment naîtra de vos plaisirs.

Jamais un rayon frais n'éclaira vos cavernes;
Par les fentes des murs des miasmes fiévreux
Filtrent en s'enflammant ainsi que des lanternes
Et pénètrent vos corps de leurs parfums affreux.

L'âpre stérilité de votre jouissance
Altère votre soif et roidit votre peau,
Et le vent furibond de la concupiscence
Fait claquer votre chair ainsi qu'un vieux drapeau.

Loin des peuples vivants, errantes, condamnées,
À travers les déserts courez comme les loups;
Faites votre destin, âmes désordonnées,
Et fuyez l'infini que vous portez en vous!

Baudelaire: Les Fleurs du mal, Femmes damnées (1861)