mercredi 8 avril 2009

Four Roses

Listening : A distance there is, Theatre of tragedy ; Hagalaz'Runedance, When the trees were silenced ; Novembre, Verne
Drinkink : thé noir de Chine aux épices

Aujourd'hui j'ai mené à bien l'une de mes activités favorites : sécher les cours. Ce soir, une soirée était prévue avec ma voisine, un trivial pursuit très sympathique. Seul problème : 20 minutes avant l'heure dite, mes introspections de la journée ont fini par avoir raison de moi. Je travaille en ce moment sur une nouvelle sur le thème de l'exil, pour une anthologie des éditions de l'Olibrius céleste. Je puise profondément en moi pour nourrir cette thématique. Toute la journée j'ai erré entre l'ordinateur et mon lit, lisant, écrivant, fumant... Et peu de temps avant ce rendez-vous, comme ça m'arrive malheureusement si souvent, juste avant une soirée prévue, les heures passées à chercher les mots grossissent une bulle intérieure qui finit par éclater. Et j'écoute inlassablement cette chanson :

Elle brise les remparts, elle crève la bulle, chaque fois c'est pareil, ce que j'ai retenu coule hors de moi comme du sang. Le passé est vivant. Je ne peux le réduire à une notion temporelle. Je ne parle pas d'événements, mais de sensations, d'une unité inqualifiable qui me prend aux tripes à nouveau.
J'ai compris cela : j'apprends la patience en écriture. A la laisser venir, à écrire encore et toujours même si je ne suis pas satisfaite. La seule solution, la seule issue, c'est de continuer à écrire, quelles que soient les questions.
C'est un point d'ancrage. Je laisse passer les tempêtes, les moments où écrire semble la seule chose à faire, et pourtant, les mots se dérobent... Je les apprivoise peu à peu. Je n'écris pas tout le temps, mais j'ai appris à canaliser. J'apprends à juste pleurer, sans écrire. ça paraît dérisoire, peut-être, mais pour moi c'est fondamental. Je sais à présent que tout est question de patience. Ecrire dès que c'est possible. Sans se décourager. Sans se poser de questions. Et parfois, comme tout à l'heure, les mots s'alignent selon le chant qui résonne en soi, alors on sait que ce sont les bons mots. Qu'on les aime ou pas, ils chantent juste. Après, il faut donner une cohérence aux fragments. Mais ce n'est plus un problème.
Je suis soulagée d'avoir appris cela. Et de me foutre du reste.

Je griffonne la joie, l'amour -
La poésie
J'engouffre les virgules
J'aspire l'air frais des silences
Note blanche
Crescendo
Je gribouille sur l'herbe mouillée
J'inscris l'étoile du jour
Dans le gravas nocturne
J'étreins le goudron
Sa peau sèche et rèche
Sa tiédeur assoupie
J'écris aux yeux du ciel
A sa figure pensive
J'entreprends la traversée
A la lumière des nénuphars
Au bruissement des pages mortes.

Ecoutez, j'espère que ça vous fera autant de bien qu'à moi.


Mes phrases pèsent dans le silence
Ma main écorche le papier

A chaque heure, les yeux levés
J'envoie des songes et des litanies

Il y a une chaleur qui se tord quand je respire
Un poing qui m'étourdit, une odeur pénétrante

Où suis-je ? Egarée dans la démesure
Mes forces dissolues, mon regard faible

J'ai de l'indifférence un goût amer
De la foi un souvenir vague

Je n'ai rien construit, je ne suis qu'une étincelle
Un fil bien mince me rattache au verbe être

Je cède. Je veux m'étendre dans l'herbe fraîche
La tête nue, frôler le ciel, simplement respirer.

Silences.

Ne rien manger, ne rien boire
Etre un souffle, me conjuguer au vent
Et chuchoter si bas
Que nul ne m'entendra
M'évanouir et m'effondrer
Ne comprendre des mots
Que tout ce qu'ils ne disent pas

Lassitudes...

Mélanger mes mains et l'écorce
Fourvoyer la nature, devenir végétale
J'ai ce si grand ennui de la douleur apaisée
Cette immense envie, luire encore plus fort
Et tisser d'innombrables liens entre le ciel et moi.

2 commentaires:

  1. Les deux poèmes sont issus d'un recueil de 2006 intitulé Les Ephémères, mais que je trouvais appropriés à mon état d'esprit...

    RépondreSupprimer
  2. Et d'un seul coup, on se retrouve avec deux pages sur l'érotisme, treize pages du Journal, et un message blog, et t'essaies de nous dire que... tu as appris à ne plus écrire?!
    Moi en tous cas je vais aller me terrer dans un coin, parce que là, j'ai plus la force de croire que j'écris bien. Chapeau bas, la Miss!

    PS : donc Marine nous déteste, vu que je n'y suis pas allée non plus...

    RépondreSupprimer